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Jeudi 21 Novembre 2002

Le vent pousse les nappes d'hydrocarbures vers la côte espagnole

Par Adrian Croft

 

FINISTERRE, Espagne (Reuters) - Munis en tout et pour tout de pelles, et handicapés par des vents violents, pêcheurs et autres résidents du littoral espagnol tentent de préserver les côtes des effets dévastateurs du carburant s'échappant du pétrolier "Prestige".

Sur la base du volontariat, des pêcheurs ont pris part aux opérations de nettoyage du littoral, souillé par l'hydrocarbure toxique s'échappant des cuves du bateau. Ce dernier s'est brisé en deux avant de sombrer mardi à 130 milles des côtes, six jours après avoir été pris dans une tempête.

Cette marée noire pourrait bien s'avérer catastrophique, le Prestige transportant une cargaison de fioul deux fois plus importante que celle de l'Exxon Valdez, qui avait souillé les côtes de l'Alaska en 1989.

Des photos satellite publiées jeudi montrent la trace de pétrole laissée dans son sillage par le bateau lors de son remorquage vers le large. La majeure partie de sa cargaison, qui est de 77.000 tonnes de carburant, est restée dans les cuves du Prestige et repose donc par 3.600 mètres de fond. Mais on craint qu'au moins 10.000 tonnes de fioul se soient répandues dans l'Atlantique.

La météo n'est, en outre, pas favorable aux opérations de nettoyage. Une masse de vent froid pousse en effet vers les côtes de la Galice, dans le nord-ouest de l'Espagne, les sept nappes de fioul issues du Prestige identifiées jusqu'ici.

Des vents violents et de fortes chutes de pluies ont été signalées sur la côte, et, au large, d'autres bateaux semblaient eux aussi pâtir du mauvais temps.

Un chimiquier français transportant de la soude caustique vers la Grande-Bretagne est tombé en panne près de l'endroit où le Prestige a émis son premier signal de détresse. Le navire a été remorqué par les garde-côtes espagnols vers le port de La Corogne.

Des responsables ont expliqué que le Pointe-de-Castel, un bateau de 97,5 mètres, était en train d'effectuer le trajet entre Lavéra, en France, et Cardiff, au Pays de Galles, quand il a été contraint de couper ses machines mercredi soir.

Des vagues noires et visqueuses s'écrasaient jeudi sur la plage de Mar de Fora, à Finisterre, où une nappe a touché le littoral pendant la nuit. La plage était couverte sur une dizaine de mètres d'une épaisse boue noire, après le reflux de la marée, clouant au sol un oiseau marin englué dans le fioul jusqu'au cou.

Dans le secteur, les côtes rocheuses étaient nappées d'une couche de pétrole d'environ 15 cm d'épaisseur.

 

 

LE GOUVERNEMENT, CIBLE DE CRITIQUES

"Nous sommes tous très inquiets, parce que c'est notre gagne-pain. C'est un gros problème", a expliqué à Finisterre un pêcheur de 36 ans, Jose Montero. Dans ce secteur situé à l'extrémité ouest de l'Espagne, la pêche est interdite pendant un mois en raison de la pollution occasionnée par le pétrolier.

Le Prestige appartenait à une firme libérienne et naviguait sous pavillon des Bahamas. Il avait été affrété par une société pétrolière russe basée en Suisse pour le compte d'une compagnie maritime grecque appelée Universe Maritime, ce qui promet de rendre complexe l'attribution des responsabilités.

Selon un pilote danois qui a navigué à bord du pétrolier, cité jeudi par un journal danois, avant même que la tempête ne mette le Prestige en difficulté à environ 21 milles des côtes galiciennes le navire n'était pas apte à prendre la mer.

"Ce bateau n'aurait pas dû avoir l'autorisation de naviguer. Il était vieux, et j'espérais qu'il serait envoyé tout droit à la casse dès qu'il aurait livré sa cargaison", a déclaré Jens Jorgen au quotidien Jyllands-Posten.

"Le radar et le système anti-collision ne fonctionnaient pas correctement. Il n'aurait jamais été autorisé à reprendre la mer s'il avait fait escale dans un port danois ou européen", a-t-il ajouté.

Mais à Athènes, un porte-parole de Universe Maritime a rejeté les allégations du pilote, affirmant que le chef de l'équipage du bateau avait assuré à la compagnie n'avoir eu "aucun problème avec le système de radar".

Le quotidien espagnol El Pais rapporte jeudi qu'il n'y a pas assez de bateaux pour pomper en haute mer le carburant menaçant les côtes, et que le gouvernement manque de barrages flottants pour protéger les zones fragiles du littoral.

Le journal tourne par ailleurs en dérision les efforts de nettoyage déployés au moment où un ministre s'est rendu dans un secteur sinistré, accompagné par les médias, estimant que cette activité frénétique s'expliquait exclusivement par la présence des caméras de télévision.

Répondant à ces sarcasmes, le vice-Premier ministre Mariano Rajoy, a déclaré jeudi à la télévision nationale: "Les moyens dont nous disposons ne sont pas suffisants, mais nous avons un plan raisonnable."

"Il y a plus de 500 personnes qui tentent, là-bas, d'enlever la nappe. Je crois qu'il y a un navire de nettoyage français, un autre qui est néerlandais, et un bateau allemand. Je pense donc que la coopération est d'un niveau raisonnable. Il pourrait toujours y avoir davantage, mais, en même temps, personne ne se plaint", a ajouté le ministre.

Le naufrage du pétrolier a suscité des appels à l'adoption par l'Union européenne de lois interdisant aux bateaux à coque unique de transporter du pétrole, et au renforcement des inspections. Le Danemark, qui assume actuellement la présidence tournante de l'Union européenne, a fait savoir qu'il exposerait ce problème lors d'une réunion du Conseil du transport maritime, le 6 décembre prochain.

Le ministre canadien de l'Environnement a laissé entendre pour sa part que certains navires battant pavillon de complaisance pourraient être bannis des ports canadiens.

 

Jeudi 21 Novembre 2002 © Source Yahoo