RABAT (AP) - Le roi Mohammed VI du Maroc a décidé vendredi
d'autoriser, "à titre exceptionnel" et par "solidarité", les
pêcheurs espagnols victimes du naufrage du pétrolier Prestige à opérer dans les eaux
marocaines, selon un communiqué du cabinet royal.
"Le royaume du Maroc, voisin et ami du royaume d'Espagne (...), partage pleinement
les préoccupations des populations affectées par cette catastrophe, et en particulier
les opérateurs galiciens en relation avec l'activité de la pêche", précise le
communiqué diffusé par l'agence officielle MAP.
La décision du souverain marocain, dont les modalités techniques seront prochainement
arrêtées, est motivée "par les principes de solidarité économique et de bon
voisinage".
L'accès des pêcheurs espagnols de la "zone sinistrée" par le naufrage du
Prestige aux eaux de la zone économique exclusive marocaine (200 miles marins) porte sur
une durée de trois mois "éventuellement renouvelable".
Hautement symbolique, ce geste de Rabat est le premier signe tangible d'une décrispation
entre le Maroc et l'Espagne, dont les relations diplomatiques se sont particulièrement
détériorées depuis octobre 2001 et avaient failli basculer à l'affrontement militaire
après l'occupation en juillet par l'armée espagnole de l'îlot Tourah/Persil, à moins
de 200 mètres des côtes marocaines.
Le Maroc et l'Espagne ont chacun de leur côté rappelé leurs ambassadeurs respectifs à
Madrid et Rabat.
Les contentieux géographiques, politiques et stratégiques sont nombreux entre Rabat et
Madrid (enclaves espagnoles en territoire marocain, "position inamicale" de
Madrid sur le Sahara-Occidental, lutte contre l'immigration clandestine et le trafic de
stupéfiants, contrôle militaire du détroit de Gibraltar). Néanmoins, le point de
départ de cette crise maroco-espagnole est économique, avec le refus en 2000 par le
Maroc de renouveler l'accord autorisant les pêcheurs européens, et principalement
espagnols, à opérer dans les eaux marocaines. La non-reconduction de cet accord avait
ébranlé le secteur de la pêche artisanale en Andalousie où, selon Madrid, quelque
10.000 emplois directs sont menacés.
La décision du roi Mohammed VI, qui semble avoir totalement pris de court les
chancelleries occidentales à Rabat, intervient 48 heures après une visite à Madrid du
chef de la diplomatie marocaine, Mohamed Benaïssa, qui a rencontré son homologue
espagnole, Ana Palacio, pour tenter de renouer les fils du dialogue. AP |
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