SAINT-JEAN-DE-LUZ,
Pyrénées-Atlantiques (AP) - Deux chalutiers basés sur la côte basque ont testé lundi,
près de la frontière franco-espagnole, le nouveau système de récupération
d'hydrocarbures "Ecrepol", mis au point par la société Merclean, basée à
Aubagne, a-t-on constaté sur place.Le "Sopite" et "L'île des
Faisans" ont pris la mer lundi vers 10h pour mettre en oeuvre le dispositif novateur
qui pourrait être validé et utilisé dans le cadre du plan Polmar. A bord des navires,
en plus des techniciens de la société Merclean, se trouvait le capitaine de corvette
Stéphane Doll de la Commission d'études pratiques de lutte antipollution (CEPOL) de
Brest.
"Nous sommes embarqués pour observer la mise en oeuvre du dispositif et rendre un
rapport qui pourrait, le cas échéant, aboutir à la validation de l'Ecrepol", a
indiqué en mer l'officier de la Marine nationale.
La mise en oeuvre de l'Ecrepol n'a pas été simple malgré des conditions
météorologiques favorables. L'avantage du système consiste dans l'utilisation d'un
appareillage tracté par deux chalutiers. Au bout des câbles, un cercle accueille un long
filet aux mailles très fines conçu pour retenir les hydrocarbures et autres
macrodéchets. Une fois le filet rempli, ce dernier est largué à l'aide d'une
télécommande actionnée depuis le bateau.
"C'est ce point qui est intéressant car il évite de ramener à bord du chalutier
un filet rempli de fioul qui rend rapidement tout déplacement impossible tant le pont
devient glissant", a expliqué Jean-Yves Le Dref, un représentant de Merclean.
Chaque filet peut en théorie contenir cinq tonnes de fioul. Une fois largué, il est
récupéré par un navire d'assistance.
"C'est intéressant comme procédé, mais un peu compliqué. On a du mettre un
seau au bout du filet pour que ce dernier soit tiré par l'eau et rentre dans le
cercle", commentait Hans Behoteguy, le patron de "l'Ile des Faisans", rivé
à la barre et en contact permanent avec le "Soupite" par radio.
A bord, les avis étaient partagés: "c'est un peu une usine à gaz", pense
Patrick Carré, le cuisinier du bord, une main sur la manette des treuils hydrauliques,
une autre au fourneau. "Aujourd'hui je prépare des pieds de cochon, tout le monde
aime ça."
Alors que le système de largage du filet devait être éprouvé, ce dernier s'est
détaché tout seul à la stupeur de l'équipage. "La télécommande se trouvait dans
ma poche, j'ai appuyé dessus sans le vouloir", admettait le responsable de Merclean.
Les essais ont permis de vérifier que le dispositif pouvait fonctionner "bien que
des mises au point techniques soient encore nécessaires", a reconnu le responsable
du CEPOL. Le test, effectué en eau libre, doit être complété ultérieurement sur des
nappes de fioul afin de vérifier si le tout fonctionne une fois immergé dans cette glu.
Le "Soupite" et "l'Ile des Faisans" repartiront en mer mardi
équipés de filets plus classiques. Ils vont rejoindre le reste de la flotille de
chalutiers français, composée de dix bateaux qui se trouvent au large de Santander et
Espagne pour ramasser un maximum de fioul avant que la pollution n'atteigne les côtes
française.
Les six chalutiers qui étaient rentrés à Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques)
ont repris la mer en fin de matinée avec de nouveaux chaluts. L'"Aquitaine",
qui, avec le "Lafitte", a été le plus en contact avec les nappes de fioul, est
arrivé souillé de noir. "On ne peut même pas bouger à bord, tant c'est gluant et
glissant. En plus les chaluts ont explosé sous la pression car les mailles du filet se
bouchent avec le fioul et l'eau ne peut plus passer", ont avoué des marins du bord.
Pour le moment, aucun des systèmes mis en oeuvre dans le cadre du plan Polmar n'a
donné pleine satisfaction. "C'est normal, car c'est nouveau et jamais cela n'avait
été testé en grandeur réelle. C'est plein d'enseignements et déjà nous avons
amélioré certains filets qui fonctionnent mieux qu'au début des opérations",
assure l'officier de la Marine nationale Stéphane Doll.
Le port de Saint-Jean-de-Luz accueille désormais le centre opérationnel de lutte
antipollution en mer. L'esplanade habituellement occupée par des filets de pêche est
ainsi devenue le théâtre des spécialistes de la lutte contre les hydrocarbures, sous le
regard de la presse nationale et internationale. AP