BRUXELLES (AFP) - La
Commission européenne a lancé mardi un appel urgent aux Quinze pour renforcer leur
arsenal de prévention des marées noires et mieux faire entendre leur voix à l'échelle
internationale en matière de sécurité maritime après la catastrophe du Prestige.Cette
annonce est intervenue quelques heures avant que ne soit déclenché "par
précaution" en France, le volet maritime du plan d'urgence Polmar, tandis que la
marée noire déclenchée par le naufrage du pétrolier Prestige continuait de s'étendre
au large de la Galice, en Espagne.
Bruxelles a publié une liste noire de 66 navires dangereux à bannir des eaux
européennes et appelé les dirigeants de l'Union européenne à interdire le transport de
fioul lourd dans les pétroliers à simple coque dès le prochain sommet européen de
Copenhague des 12 et 13 décembre.
La commissaire européenne aux Transports, Loyola de Palacio, a aussi encouragé les
Quinze à travailler au durcissement du droit maritime international en matière de
naufrages.
A l'échelle de l'UE, elle a plaidé conjointement pour des sanctions pénales contre
les responsables de pollutions et pour une meilleure indemnisation des victimes.
"On peut demander beaucoup de comptes mais pas à la Commission. La Commission
peut garder la tête haute", a martelé Mme de Palacio, récusant à nouveau
fermement les critiques d'"inaction" européenne qui avaient suivi le naufrage
du Prestige le 19 novembre.
"Si on nous avait prêté attention, le Prestige ne se serait pas rompu au large
des côtes espagnoles", a répété la commissaire, réitérant notamment ses appels
à des contrôles renforcés des bateaux à risque dans les ports de l'UE.
La liste noire des bateaux dangereux établie par Bruxelles pointe du doigt les
responsabilités des Etats membres de l'UE.
Les 66 bâtiments dont elle égrène les noms n'auraient en effet plus accès aux eaux
communautaires, si les Quinze appliquaient pleinement la législation européenne adoptée
en 2000 après le naufrage du pétrolier Erika fin 1999 près des côtes bretonnes.
Plus du tiers (26) des navires épinglés battent pavillon turc. Douze arborent celui
de Saint Vincent et Grenadines (Caraïbes) et neuf celui du Cambodge. La liste comprend en
outre trois navires algériens, trois panaméens, trois de Sao Tomé et Principe, deux
boliviens, deux égyptiens, deux roumains, un hondurien, un libanais, un marocain et un
syrien.
Mme de Palacio, qui veut interdire "dans les meilleurs délais" le transport
de fioul lourd dans les navires à coque unique, a invité les chefs d'Etat et de
gouvernement de l'UE à s'engager sur ce point dès la semaine prochaine à Copenhague,
sans attendre une réglementation effective.
Elle a réclamé un mandat pour négocier l'application d'une telle interdiction par
les pays candidats à l'UE et les autres voisins de l'Union. Le fioul lourd, très
polluant mais bon marché, est souvent transporté par les pétroliers les plus anciens et
les moins sûrs comme le Prestige.
Dénonçant les "bombes écologiques qui sont en train de naviguer au large"
des côtes européennes, la commissaire a appelé les Quinze à "envisager des
sanctions pénales" contre les responsables de pollutions et, au plan international,
à éviter que les propriétaires de navires puissent plafonner leur responsabilité
financière.
Pour mieux se faire entendre, l'UE devrait devenir "membre à part entière"
de l'Organisation maritime internationale (OMI) "afin d'éviter l'éparpillement des
positions des Etats membres", selon la Commission.
Mme de Palacio a enfin appelé les Quinze à oeuvrer au relèvement jusqu'à un
milliard d'euros du plafond international d'indemnisation des victimes de marées noires,
actuellement limité à 185 millions ou, en cas d'échec, à mettre sur pied un fonds
européen d'un montant équivalent.
Commission
européenne (La liste noire et autres mesures)