LA COROGNE (AFP) - Le
nombre de plages polluées à continué à augmenter samedi sur le littoral espagnol du
Golfe de Gascogne, tandis que que le vice-président du gouvernement Mariano Rajoy n'a pas
écarté une nouvelle marée noire provoquée par le pétrolier libérien Prestige.Les
vents du nord-est qui soufflent depuis deux jours soulagent le littoral de la Galice
(nord-ouest) et du nord du Portugal en éloignant les principales nappes de fioul
échappées du pétrolier. L'optimisme n'est toutefois pas encore de rigueur: "Nous y
sommes préparés (à une nouvelle marée noire) et je ne l'écarte pas du tout. Du fioul
continue à s'échapper de la zone où le Prestige a coulé ... En ce moment, c'est
risqué de faire des prévisions dans un sens ou l'autre", a affirmé M. Rajoy lors
d'une conférence de presse à Madrid. M. Rajoy a ajouté que les moyens de lutte contre
la catastrophe comme les aides aux personnes affectées seraient revus à la hausse.
Si les vents ont écarté les grosse nappes des cotes occidentales de la Galice, ils
ont en revanche repoussé des plaques éparses, mais nombreuses, sur les côtes du nord de
la Galice, des Asturies, de la Cantabrie et du Pays basque. Plus d'une centaine de plages
espagnoles sont ainsi polluées dans le Golfe de Gascogne entre La Corogne et la
frontière française. Selon le porte-parole du gouvernement basque, Josu Jon Imaz, entre
1.000 et 2.000 tonnes de pétrole sont poussées vers le littoral. Des hélicoptères de
la police ont détecté entre 200 et 400 plaques, de deux à dix mètres de diamètre,
dont une de 80 mètres de diamètre face à Llanes, à la frontière des Asturies et de la
Cantabrie.
En Galice, un élan de solidarité, prenant au dépourvu les autorités, a amené sur
les plages polluées des milliers de volontaires venus de toute l'Espagne et parfois de
l'étranger, témoignant de l'impact que cette catastrophe a eue dans l'opinion. La
plupart de ces quelque 10.000 volontaires, parmi lesquels de nombreux étudiants, sont
arrivés vendredi matin en bus, train, voiture ou auto-stop, et ont rejoint spontanément
les équipes déjà sur place, notamment des marins pêcheurs réduits au chômage en
raison de l'interdiction de la pêche sur 913 km des 1.121 kilomètres de littoral
galicien. Les autorités gouvernementales encadrent officiellement 3.500 personnes
auxquelles elles ont fourni le matériel nécessaire: combinaison blanche, gants et masque
pour protéger les voies respiratoires des vapeurs toxiques du fioul.
Le pétrolier Prestige s'est brisé en deux et a sombré le 19 novembre, à 270
kilomètres des côtes, après avoir déversé en mer 10.000 à 20.000 tonnes de fioul,
selon des estimations approximatives. Plus de 3.300 tonnes de fioul ont été ramassées
sur les plages, a annoncé vendredi soir le gouvernement, et 12.300 ont été pompées en
mer par des bateaux anti-contamination. Au cours d'une plongée effectuée il y a quelques
jours auprès de l'épave, à 3.500 mètres de profondeur, le sous-marin Nautile a
observé que du fioul continue à fuir du pétrolier, laissant planer la menace d'une
marée noire prolongée.
A Madrid, le chef du gouvernement José-Maria Aznar a présidé, samedi en fin de
matinée, pour la première fois, le cabinet de crise constitué après la catastrophe.
C'est le vice-président du gouvernement Mariano Rajoy qui a été jusqu'à présent la
personnalité gouvernementale la plus présente dans la lutte contre la catastrophe. La
séance de samedi a réuni Mariano Rajoy, la ministre des Affaires étrangères Ana
Palacio, le ministre de l'Environnement Jaume Matas, et le ministre de la Défense
Federico Trillo. Cette réunion était destinée à faire le point sur les actions
entreprises et celles à entreprendre.
La presse espagnole a estimé que la réunion de samedi marque la volonté du chef du
gouvernement de reprendre en mains la direction des opérations, après les critiques
formulées par l'opposition et de nombreuses associations sur la gestion gouvernement de
la crise, et la minimisation systématique des risques.