Mercredi 27 Novembre 2002 |
La France s'inquiète du passage d'un pétrolier "poubelle"
| PARIS (AFP) - La France a obtenu mercredi de l'Estonie qu'elle inspecte le Byzantio, un pétrolier suspect, affrété par la même société que le Prestige qui a sombré au large de l'Espagne, et qui doit passer au large de la Bretagne début décembre. Le secrétaire d'Etat aux Transports, Dominique Bussereau, a demandé à l'Estonie de "vérifier" ce pétrolier à simple coque datant de 1976. En fin de journée, le pays balte a accepté la requête française, après l'avoir dans un premier temps rejetée. "Il n'y a pas vraiment de raison d'inspecter le pétrolier mais nous serons en état d'alerte à cause d'un véritable tollé soulevé par les médias", a déclaré Rene Sirol, chef du département de sécurité maritime à Tallinn, alors que le Byzantio était attendu dans la soirée dans la capitale estonienne. Selon le ministère français, le Byzantio se trouvera au large des côtes bretonnes aux alentours du 4 décembre, avec une charge de 50.000 tonnes de fioul lourd, hautement polluant. Au regard de son âge (26 ans), de la cargaison (fioul à haute teneur en soufre) et du pavillon (Honduras, puis Malte), les raisons ne manquent pas de vérifier le Byzantio, pense Jacky Bonnemains, président de Robin des Bois, une association qui dit travailler depuis 10 ans sur les "pétroliers poubelle". D'autant que "des contrôles effectués" notamment en août à Dublin (Irlande), et à Eleusis (Grèce) en avril "ont déjà montré des déficiences" en termes de qualification de l'équipage et de sécurité générale, affirme-t-il. L'association demandera "à tous les pays" européens situés sur le parcours du bateau de "l'intercepter" et de "transvaser le fioul dans un pétrolier plus conforme aux exigences de sécurité". D'après Robin des bois, les vérifications effectuées sur le pétrolier en Europe ont également mis au jour des manquements au respect de la convention internationale Marpol sur la prévention des pollutions marines. Ce texte a été ratifié par plus d'une centaine de pays. Le Byzantio, affrété comme le Prestige par Crown Resources, filiale du puissant holding russe Alfa, s'apprête à charger du fioul dont l'utilisation est interdite dans les centrales thermiques en Europe, selon M. Bonnemains.
"Les autorités européennes n'ont pas fait preuve d'assez de suivi et de fermeté", déplore le défenseur de l'environnement. Selon Robin des Bois, le navire, construit en Norvège, fait route vers Singapour ou l'Indonésie en contournant l'Europe par l'Ouest. Propriété de la société grecque Vyzantio Shipping, il est géré depuis 1999 par Aegean Shipping management, "spécialiste" du rachat de "pétroliers en bout de course" souvent vieux de plus de 25 ans. Si Robin des Bois se mobilise, c'est qu'un "pétrolier poubelle" au large des côtes françaises "c'est rare", affirme son président. Au minimum, 10 bateaux poubelle avec 2 à 3.000 tonnes de carburant passent chaque jour dans les eaux hexagonales mais la plupart ne sont pas des pétroliers, selon lui. Ce n'est pas l'avis d'Andrew Lorimer, responsable de la recherche sur le commerce pétrolier Lloyd's à Londres. "La France s'offusque de la venue de ce bateau mais à l'heure où on parle, il y a probablement largement pire au large de ses côtes", estime-t-il. Robin des Bois craint que les autorités européennes n'aient des difficultés à mobiliser des moyens pour récupérer les hydrocarbures en cas de nouvelle catastrophe après celle du Prestige. |
Mercredi 27 Novembre 2002 © Source Yahoo