LA COROGNE (AFP) - Le
sous-marin français Nautile va tenter jeudi de boucher certaines des fuites du prestige
à titre expérimental, alors que les pêcheurs galiciens continuent de ramasser les
plaques de fioul dispersées à proximité de la côte, dans la crainte d'une troisième
vague de la marée noire.Le Nautile, engagé par le gouvernement espagnol pour
une seconde campagne d'inspection de l'épave du Prestige, a commencé jeudi à 11h00
(10h00 GMT) une plongée sur le site de l'épave, qui gît par 3.500 mètres de fond,
brisée en deux morceaux distants de plus de 3,5 km, a annoncé le numéro deux du
gouvernement espagnol Mariano Rajoyindiqué lors d'une conférence de presse à La Corogne
(Galice, nord-ouest de l'Espagne).
L'équipage du Nautile va "tenter une pose expérimentale de bouchons sur
certaines fuites, afin de voir si on peut aborder le problème de cette façon", a
indiqué M. Rajoy.
La mission de jeudi consistait également en une inspection de la proue, des mesures de
la température et de la vitesse des flux de fioul, qui s'échappent de la carcasse par 14
orifices à raison de 125 tonnes par jour, selon les dernières données officielles.
Une plongée prend au total huit heures, a-t-il expliqué, soit trois heures pour
l'aller-retour et cinq heures de travail au fond.
Les pêcheurs des Rias Baixas, typiques de la côte rocheuse galicienne, continuaient
jeudi à ramasser les plaques de fioul dispersées à proximité de la côte, dans la
crainte d'une troisième vague de la marée noire du Prestige, dont l'épave laisse
échapper son fioul à flux continu depuis plus de trois semaines.
Par dizaines, et malgré une mer houleuse, les mytiliculteurs galiciens sont à nouveau
partis en mer sur leurs petites embarcations à moteur, pour collecter les plaques de
fioul dilluées et éparpillées tout au long de la côte, selon les confréries de
pêche.
La lutte contre ces petites nappes revient aux pêcheurs car l'extrême dispersion des
nombreuses taches de fioul situées dans une bande de 5 milles (9 km) le long du littoral
rend inefficace l'action des gros bateaux de pompage, a indiqué à La Corogne le numéro
deux du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, lors d'une conférence de presse.
Toutefois, les vents d'ouest, nord-ouest, de force 5 à 7 avec forte houle et des lames
de fond de 2 à 3 mètres, laissaient craindre jeudi l'arrivée de nouvelles nappes de
fioul sur la côte du sud-ouest de la Galice dans les prochaines heures.
Les Rias Baixas, ces vallées fluviales inondées par la mer dont proviennent une
grande partie des 300.000 tonnes de moules produites chaque année par la Galice,
deuxième producteur mondial après la Chine, étaient ainsi à nouveau menacées par le
fioul.
Elles ont été protégées par des barrières anti-pollution, parfois artisanales.
L'arrivée soudaine de l'administration galicienne et espagnole dans la lutte menée
depuis presque quinze jours par les pêcheurs eux-mêmes, souvent avec l'énergie du
désespoir, ne se passe pas toujours sans heurt.
Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté mercredi soir dans de nombreuses
villes de Galice en exigeant la démission des responsables locaux. Quelque 500 marins
pêcheurs et ramasseuses de coquillage se sont enfermés jeudi dans la criée du port de
Moana, dans la ria de Vigo, pour protester contre l'intervention d'entreprises privées de
nettoyage.
"Nous sommes tous rassemblés parce que depuis de nombreux jours, nous sommes tous
mobilisés pour ramasser le fioul et l'administration nous envoie maintenant une
entreprise privée qui engage des marins pour 36 euros afin de nettoyer les plages et
diviser les habitants", a déclaré à l'AFP Alicia Rodriguez, présidente de
l'association de ramasseuses de coquillages de Moana, dans la ria (vallée fluviale) de
Vigo.
"Pour intensifier ce nettoyage crucial", à proximité des côtes, a
confirmé pour sa part M. Rajoy, "nous sommes en train d'essayer, et nous avons des
difficultés techniques, d'embaucher des armateurs et équipages de confréries (de
pêcheurs) de ce secteur en collaboration avec une entreprise spécialisée dans la lutte
anti-pollution".
Hormis les nappes au nord-est de la zone du naufrage, d'autres grandes nappes ont
également été aperçues à 47 milles (87 km) du cap Silleiro, au sud de Baiona.