BORDEAUX (AP) - La
"pêche" au pétrole du "Prestige" par deux chalutiers de
Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques) s'annonce difficile, a reconnu mercredi
l'armateur du "Lafitte", qui avait participé à une expérience de simulation
de dépollution lors d'un exercice Polmar, le 15 octobre dernier au large de Bayonne.Mais
quatorze autres bateaux se tiennent déjà prêts pour intervenir si cette première
opération est concluante.
"Les conditions ne sont pas du tout comparables à celles de la mi-octobre. La mer
était très calme, et il s'agissait de chaluter de la tourbe. Cette fois, même si la
météo s'améliore un peu, la mer n'est pas bonne et nous devons pêcher du fioul. Les
bateaux vont être secoués, et s'il y a des hydrocarbures sur le pont, on ne pourra plus
tenir debout", s'inquiète Henri Pivert, joint par l'Associated Press.
Les deux bateaux, l"Aquitaine" et le "Lafitte", qui devaient
quitter le port de Saint-Jean-de-Luz mercredi dans la soirée, ont été tirés au sort la
veille au soir au quartier des affaires maritimes de Bayonne parmi les sept autres paires
candidates. Ils travailleront "en boeuf", ou "en couple", avec un
chalut à mailles très fines d'une trentaine de mètres d'envergure, équipé de sacs
détachables.
"Nous ne stockerons pas le fioul à bord. Lorsqu'un sac sera plein, nous le
larguerons, et il sera récupéré par un navire de la Marine nationale", a précisé
l'armateur.
Les cinq hommes déquipage habituels seront à bord de chaque bateau, épaulés par des
techniciens du CEDRE. Ils doivent être équipés de combinaisons spéciales, gants et
masques de protection pour éviter tout contact avec le produit nocif, comparable à celui
de l'"Erika".
Le "Lafitte", chalutier en bois de 21,5 mètres, était en pêche à la lotte
et à la limande au large de lestuaire de la Gironde lors de la sélection. Il est rentré
spécialement à Saint-Jean-de-Luz mercredi pour participer à cette opération
anti-pollution.
"Les affaires maritimes nous ont demandé pour linstant dêtre disponibles pour
huit jours, dans le cadre du plan Polmar Mer. Nous demandons une simple indemnisation et
la couverture des risques. Mais nous faisons cela avant tout parce que la mer est notre
gagne-pain et que nous voulons participer à sa protection", explique Henri Pivert.
Selon Sylvain Le Berre, porte-parole du préfet maritime de l'Atlantique, "la
nappe particulièrement diffuse, constituée d'un chapelet de tâches, est actuellement à
250 kilomètres des côtes françaises et 50 kilomètres au nord des côtes espagnoles.
Nous disposons d'une fenêtre météo favorable de 48 heures pour le travail des
chalutiers. Les deux premiers doivent réaliser les tests jeudi matin, ou plus tôt si
possible. Si ces tests sont positifs, nous enverrons les autres chalutiers."
Par ailleurs, les bateaux de pompage français "Ailette" et
"Alcyon", actuellement en action au large de La Corogne, doivent être
rapatriés sur cette zone. Pour les trois prochains jours, la nappe qui avance denviron 30
kilomètres par jour, devrait plutôt être poussée vers les côtes espagnoles, selon
Sylvain Le Berre. AP