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Mardi 17 Décembre 2002

Et si un pétrolier géant s'échouait en Méditerranée

 

Les organisateurs de la vingtième conférence maritime régionale, la semaine dernière à Toulon, ont eu le nez fin. En choisissant, il y a quelques mois, comme thème « La coopération européenne dans les domaines de la lutte contre les pollutions et le sauvetage en Méditerranée », ils ne pouvaient tomber mieux, alors que le naufrage du Prestige provoque une véritable catastrophe écologique. 

En Espagne et peut-être bientôt sur les côtes françaises. « Nos états européens de la Méditerranée sont confrontés à des risques et des menaces identiques » estime le préfet maritime, le vice amiral d'escadre Pierre-Xavier Collinet. « Et l'expérience nous montre qu'aucun État ne peut faire face seul, à une catastrophe maritime. L'actualité nous en confirme l'évidence ».

Il est vrai que la Méditerranée, mer semi-fermée qui ne représente qu'1 / 100e de la surface des océans, accueille pourtant 1 / 6e du trafic maritime mondial. Soit 2 000 navires marchands qui y naviguent en permanence, dont 300 à 350 pétroliers. C'est dire les risques encourus. En plus des nombreux dégazages et autres déballastages qui y sont pratiqués, tout aussi polluants, sur une année entière. « La Méditerranée, exempte de marée est très fragile » confirme le préfet maritime. Il estime qu'une pollution majeure – ce qui n'est jamais arrivé encore – « serait terrible ».
Des plans d'intervention existent pourtant. Le plus vieux d'entre eux est issu de la coopération franco-italo-monégasque. Celui-ci baptisé Ramogepol, délimite une zone d'intervention des états ayant en son centre la Sardaigne et la Corse et allant de l'embouchure du Grand Rhône à l'ouest, au cap d'Anzio à l'est.

Alors que sur l'Atlantique, le Biscaye plan, signé en 1999, entre la France et l'Espagne permet aujourd'hui de coopérer, essentiellement sur le golfe de Gascogne, il a fallu attendre cet été pour qu'un accord, le Lion plan, soit établi pour la façade méditerranéenne . Celui, d'ailleurs, innove en contractualisant les concours des deux pays, non seulement en matière de lutte contre les pollutions mais, également, pour le sauvetage en mer.

C'est dans le cadre de ce Lion Plan qu'un exercice franco-espagnol "majeur" de lutte contre la pollution sera organisé l'année prochaine en Méditerranée indique le préfet maritime adjoint Jean-Louis Fillon. Sera simulé, à cette occasion, un accident concernant un pétrolier. Il sera mis à disposition par une compagnie pétrolière afin de « permettre le déploiement sur un vrai terrain d'opérations de moyens de lutte contre la pollution idoines ».

Alors que dans l'Atlantique a été circonscrite une zone économique exclusive - elle a permis, entre autres à José-Maria Aznar et Jacques Chirac d'interdire le passage de certains bateaux à moins de deux cents nautiques des côtes - la Méditerranée ne dispose toujours pas de zones protégées, de ce style. « Bien sûr la surface relativement réduite de la mer ne permet pas de créer ce type de contraintes. » 

Par contre, confirme Jean-René Garnier, secrétaire général de la mer, le parlement français devrait adopter très rapidement, le projet de loi instaurant une zone de protection écologique exclusive en Méditerranée. Elle s'étendrait sur soixante nautiques – 100 km environ des côtes – et fournirait un moyen essentiel en matière de lutte contre les pollueurs ou autres contrevenants. « Les contrôles s'avéreront plus conséquents » confirme le préfet maritime. Au-delà des eaux territoriales, on passerait des recommandations actuelles aux navires marchands à l'interdiction pure et simple. Avec des contrôles de dégazages. Amendes à la clé…

Bref, un véritable outil juridique, aujourd'hui indispensable, pour assurer une action plus efficace de l'Etat en mer. 

F.M

Mardi 17 Décembre 2002 © Source Midi Libre