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AU LARGE DE L'ESPAGNE. La
partie arrière du « Prestige » en train de sombrer. Le pétrolier était promis à la
casse. (AFP.) |
DANS LE MILIEU du marché
pétrolier, dont beaucoup d'acteurs se sont efforcés de « moraliser » les pratiques,
notamment depuis le naufrage de l'« Erika », la colère monte. Plusieurs experts
s'indignent d'une nouvelle catastrophe dont la « facture » risque fort, affirment-ils,
de retomber sur les épaules des contribuables européens. « L'armateur grec, dont
l'assurance est de toute façon plafonnée, va sans doute se déclarer insolvable,
l'affréteur russe, qui n'est pas responsable juridiquement, s'en laver les mains, et les
fonds d'indemnisation internationaux seront insuffisants à couvrir la totalité des
dégâts », assènent-ils sans détour.
Outre la lenteur de la mise en place des nouvelles réglementations en matière de
sécurité maritime, les comportements « douteux » de certains traders constituent, à
leurs yeux, une des causes principales de cette nouvelle marée noire.
« En droit, Crown n'est pas responsable »
« Depuis l' Erika , les grandes compagnies pétrolières, comme Total, Esso ou BP
n'affrètent que des navires de qualité, assure un spécialiste, mais ce n'est pas le cas
de nombreux autres traders. Ceux-là se fichent de la qualité des navires tant qu'ils
obtiennent les prix les plus bas possible. Ils agissent sur des cargaisons dont ils savent
qu'elles partent et arrivent dans des ports peu contrôlés. De la Russie et des pays
baltes, des pétroliers poubelles de ce genre passent tous les jours le long de nos
côtes... Et cela se poursuivra tant que les Etats n'obligeront pas ces bateaux à
transiter très loin au large. »
Dans le milieu, la réputation de l'affréteur du « Prestige », la société Crown
Resources, correspond à cette analyse. Immatriculée dans un paradis fiscal de Suisse et
disposant d'un bureau à Londres, cette entreprise spécialisée dans le trafic du brut
serait l'une des « émanations » d'un important groupe russe, Alfa Group. La « rumeur
du marché » lui attribuait, ces derniers temps, de sérieuses difficultés financières.
Des soucis propres à l'inciter, selon certains, à utiliser les derniers voyages de
bateaux destinés à la casse en Asie du Sud-Est. Un avenir qui attendait le « Prestige
», semble-t-il, après son déchargement à Singapour.
« En droit, Crown n'est pas responsable. Moralement, c'est autre chose. Mais en admettant
que les victimes de la pollution en cours se tournent vers eux, comme cela a été le cas
avec Total pour l' Erika , ils auront beau jeu de se défiler », anticipe un autre
expert. « Ce qui est arrivé relève de la responsabilité du propriétaire du navire et
nous ne souhaitons faire aucun autre commentaire », a répondu hier, sans surprise, un
porte-parole de la société Crown interrogé par téléphone à Londres, en donnant «
gentiment » les coordonnées dudit propriétaire.
Pascale
Égré |