LA COROGNE
(AFP) - Les pêcheurs du sud de la Galice ont inlassablement repris
lundi matin leur lutte contre les nappes de fioul du pétrolier
Prestige, qui ne cessent, jour après jour, de menacer le littoral.
De fortes rafales de vent, de 80 à 120 km/heure, et des vagues de
5 à 6 mètres ont gêné la recherche des plaques et leur récupération
en mer. Le rivage pourrait cependant être épargné lundi grâce au
vent favorable venant du sud qui poussait le fioul vers le nord. Le
vent du sud doit continuer à prévaloir mardi et mercredi, selon les
services météorologiques de Galice.
Dans une situation où les nappes ne cessent de se fragmenter et de
se recomposer, le principal danger était constitué lundi par une
grande nappe de 32 km de long sur 11 km de large, repérée à moins
de 50 km de l'embouchure de la ria de Vigo (sud de la Galice).
Plus près de la côte, les pêcheurs ont surveillé une nappe qui
se trouvait à une quinzaine de kilomètres du littoral, face à la
ville de Pontevedra et menaçait le Parc national des îles
atlantiques, gravement pollué à plusieurs reprises depuis un mois.
Selon le gouvernement, cette nappe était constituée d'une
quarantaine de poches de 20 mètres carrés chacune. Deux bateaux de
pompage ont pu se rendre sur place lundi matin.
De nouvelles barrières anti-pollution ont été placées dans
cette zone car la protection des rias, où se pratiquent la pêche et
les cultures de moules et de coquillage, est un objectif vital pour la
population.
C'est dans cette région, notamment dans le petit port de Porto
Novo, que s'est rendu lundi le prince Felipe, héritier de la couronne
d'Espagne, pour rencontrer des marins pêcheurs victimes de la marée
noire. Interrogé par l'AFP, le président de l'association des pêcheurs
de cette localité, Jose Antonio Gomez, a affirmé "apprécier ce
nouveau geste de solidarité de la Maison royale", deux semaines
après une visite du roi Juan Carlos dans les ports de Muxia et Laxe,
les plus touchés par cette catastrophe.
La visite princière est intervenue 48 heures après celle du chef
du gouvernement, José Maria Aznar, à la Corogne (Galice), où il a
été conspué par des manifestants et où il resté trois heures,
sans descendre sur les plages souillées par le fioul, contrairement
à ce qu'avait fait le monarque espagnol il y a quinze jours.
Tout au nord, dans le golfe de Gascogne, sur les côtes des
Asturies et de Cantabrie, régions voisines de la Galice, des vents
modérés venant également du sud repoussaient vers le large de
nombreuses petites plaques de fioul, qui avaient été observées
dimanche entre 2 et 5 km du littoral en face des ports de Tazones et
Llanes, ont précisé les préfectures de ces deux régions.
Le pétrolier Prestige qui transportait 77.000 tonnes de fioul
lourd, s'est brisé en deux et a sombré le 19 novembre, à 270 kilomètres
des côtes de Galice, par 3.500 mètres de fond. Ses cuves contiennent
encore quelque 56.000 tonnes qui perdent quotidiennement 125 tonnes
dans la mer, selon une commission d'experts.
Les dernières données officielles font état de 29.900 tonnes de
fioul et de résidus contaminés recueillis depuis le début de la marée
noire.
Le chef du gouvernement José Maria Aznar a indiqué lundi que 265
millions d'euros de fonds européens seront consacrés à la lutte
contre la marée noire, lors d'une session du congrès des députés
consacrée aux résultats du sommet de l'UE à Copenhague, les 12 et
13 décembre derniers.
Les nationalistes de Galice (opposition) considèrent que ce sommet
a été "une gifle" pour M. Aznar, qui n'en a pas rapporté
d'aides spécifiques, mais seulement la possibilité d'allouer à la région
sinistrée des fonds déjà attribués par l'UE à d'autres fins.
A Madrid, une centaine de manifestants du collectif "Jamais
plus" ont manifesté lundi matin dans le centre de la ville pour
demander que la Galice soit déclarée région sinistrée. Cette
demande avait déjà été présentée au cours du week end par des
syndicalistes européens réunis à La Corogne.