MADRID (AFP) - La marée
noire provoquée par le naufrage du Prestige continue inexorablement de s'étendre, alors
que le gouvernement espagnol a annoncé jeudi que du fioul solidifié s'échappait de
l'épave, reconnaissant pour la première fois que le pétrolier libérien naufragé
pouvait continuer à fuir.Lors d'une conférence de presse à Madrid, le
numéro deux du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a rendu compte des observations du
sous-marin de poche français Nautile, engagé dans une mission de huit jours d'inspection
de l'épave, à quelque 270 km au large de la Galice, par environ 3.500 mètres de fond.
"La structure est déformée, avec des tôles pliées vers l'intérieur", a
déclaré M. Rajoy avant d'employer une formulation ambigüe pour annoncer que du fioul
solidifié s'échappait du Prestige, parlant de "petits fils sortant (de la coque),
quatre jets solidifiés à l'aspect de pâte à modeler qui s'étirent
verticalement". Il n'a pas précisé s'il s'agissait d'un phénomène qui se poursuit
ou s'il a cessé.
Seule la proue du Prestige, qui a coulé le 19 novembre avec quelque 60.000 tonnes de
fioul lourd dans ses cuves, a pu être observée lors des deux premières plongées.
Depuis le naufrage, l'exécutif espagnol a toujours démenti que l'épave continuait à
fuir, contrairement à des responsables portugais et français. Une photo du satellite
Envisat, datant du 2 décembre et publiée jeudi par la presse, montre une nappe de fioul
dans la zone du naufrage.
La marée noire du Prestige continuait de s'étendre en nappes très dispersées dans
le golfe de Gascogne vers la Cantabrie et le Pays basque ainsi que dans le sud-ouest de la
Galice vers le Portugal.
Au Pays basque espagnol, des hélicoptères de la police régionale ont repéré jeudi
quelque 200 taches d'hydrocarbures face aux côtes de Biscaye, dans la province basque de
Bilbao (nord), selon le gouvernement régional basque.
Une partie de ces taches, de 30 cm de diamètre, ont atteint des plages de Getxo,
Sopelana, Muskiz et Bakio, au nord de Bilbao, à quelque 120 km du sud-ouest de la France.
Le vent soufflant actuellement du nord pousse les tâches vers la côte du Pays basque
espagnol.
Plus à l'ouest, une demi-tonne de fioul a été ramassée sur le littoral de Cantabrie
(nord, golfe de Gascogne) où sept plages sont affectées par des taches d'hydrocarbures.
Des analyses du fioul récupéré en Cantabrie et au Pays basque sont en cours pour
déterminer s'il provient bien du pétrolier Prestige.
Dans le sud-ouest de la Galice, des milliers de marins pêcheurs ont pris la mer jeudi
pour la troisième journée consécutive afin de protéger contre la marée noire, les
rias Baixas, vallées fluviales du sud-ouest de la Galice qui constituent la plus
importante réserve de mollusques en Europe.
Dans toute l'Espagne, la solidarité s'organise : des centaines de volontaires, surtout
des étudiants venant de l'intérieur de la Galice, des régions voisines ou même de
Castille, de Valence et d'Andalousie, affluent vers les côtes galiciennes pour participer
aux opérations de nettoyage.
Au Portugal, les premières barrières anti-pollution ont été installées à
l'embouchure du fleuve Minho (nord-ouest, Miño en espagnol) après le repérage la veille
de petites nappes de fioul du Prestige à une vingtaine de km des côtes portugaises.