LA COROGNE (Espagne) (AFP)
- Trois nouvelles fissures détectées sur le pétrolier Prestige gisant au fond de
l'Atlantique, portent à neuf le nombre de brèches observées sur l'épave, alimentant
les craintes d'une troisième marée noire de grande ampleur.Sur le littoral
du nord-ouest de l'Espagne, des renforts militaires ont été envoyés lundi pour nettoyer
les plages polluées.
Le vice-président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a annoncé que les trois
nouvelles fissures ont été observées par le sous-marin d'exploration français Nautile
dans la poupe du navire, sans préciser si du fioul s'en échappait. Les caméras du
submersible ont montré ces derniers jours que c'était le cas pour quatre fuites
observées sur la proue du bâtiment, qui repose par 3.500 m de fond.
Une commission scientifique créée lundi devra élucider le débat d'experts pour
savoir si le fioul de l'épave se solidifiera au fond de la mer ou si il y a un risque de
rupture de ces cuves et de sortie du combustible en mer. Elle doit également évaluer la
durée des fuites ainsi que la quantité de fioul qui s'échappe à partir des
observations du Nautile, a indiqué le premier vice-président.
Ces fuites de fioul et trois grandes nappes repérées dans la zone du naufrage à 270
km du rivage, dont la plus grande fait 29 kilomètres (16 milles) de diamètre, laissent
craindre une troisième marée noire sur des côtes galiciennes déjà polluées à deux
reprises en moins d'un mois.
Si le fioul ne se solidifie pas à 3.500 m de profondeur, comme semblent le montrer les
images du Nautile, "nous devrions voir quels moyens mettre en place pour minimiser
l'impact" d'un nouveau déversement, a estimé le ministre espagnol de la Science et
de la Technologie Josep Piqué.
Une intervention à 3.500 mètres de fond sur l'épave du Prestige naufragé le 19
novembre au large des côtes espagnoles est jugée extrêmement difficile, voire
impossible par des experts français de l'exploitation pétrolière interrogés lundi par
l'AFP.
Selon les estimations de la presse espagnole, quelque 50.000 tonnes de fioul seraient
encore à l'intérieur des soutes du pétrolier qui s'est brisé en deux. Toutefois, selon
le quotidien La Voz de Galicia, citant un rapport non-publié du gouvernement de Galice,
ce sont 30.000 tonnes qui se seraient déjà répandues en mer sur les 77.000 que
transportait le navire.
Les autorités ne sont pas en mesure d'évaluer la quantité de fioul déversée en mer
par le Prestige, a indiqué à l'AFP un porte-parole de M. Rajoy.
Vingt jours après le naufrage au large de la Galice, le gouvernement, vivement
critiqué pour ne pas avoir envoyé de militaires dès le début de la catastrophe, a
dépêché sur place quelque 7.000 hommes dont plus de 3.000 participeront
"directement au nettoyage de la côte galicienne", où ils doivent remplacer
progressivement les milliers de volontaires et marins-pêcheurs qui y ont travaillé
pendant la fin de semaine, selon le ministère de Défense.
Cette mobilisation des forces armées espagnoles triple pratiquement le dispositif de
2.500 hommes mis en place "depuis plusieurs semaines" en Galice, et dans de plus
faibles proportions sur la côte nord de l'Espagne, entre les Asturies et le Pays basque.
Les vents en provenance du sud-est en Galice et du sud sur le littoral du golfe de
Gascogne tendaient lundi matin à éloigner les nappes des côtes.
Toutefois, l'alerte a été renforcée sur les côtes françaises, sans qu'il y ait de
certitude de l'arrivée de la marée noire.
De la Galice (nord-ouest) à la Cantabrie (nord), des flottilles de pêches ont tout de
même pris la mer pour tenter de ramasser les taches de fioul dispersées que les navires
anti-pollution ne peuvent pas pomper tandis que d'autres pêcheurs se sont joints à
l'armée et aux volontaires pour nettoyer la côte, selon plusieurs confréries de
pêcheurs.
Les marins pêcheurs mis au chômage technique par la marée noire devaient commencer
à toucher lundi les premières aides approuvées par le gouvernement central, soit 1.200
euros par mois et par travailleur.
Experts indépendants, médias et organisations écologistes estiment que l'impact
socio-économique de la catastrophe provoquée par le pétrolier libérien Prestige, est
comparable à celui de l'Exxon Valdez, auteur de la pire marée noire jamais connue aux
Etats-Unis.