LA COROGNE (Espagne) (AFP)
- Les marins-pêcheurs galiciens luttaient mercredi avec l'énergie du désespoir contre
la marée noire de fioul du pétrolier Prestige qui menace les rias Baixas: les vallées
fluviales du sud-ouest de la Galice, la plus importante réserve de mollusques en Europe.Les
pêcheurs, souvent exaspérés par le manque de moyens mis à leur disposition par les
pouvoirs publics, se sont employés par leurs propres moyens à ramasser des tâches
éparses de fioul dans les embouchures des rias d'Arousa, Pontevedra et Vigo, qui avaient
été épargnées par la première vague de fioul, à la mi-novembre.
Les nappes dispersées de fioul dense de la marée noire ont souillé le parc national
des îles Atlantiques, zone "protégée" de 1.200 hectares terrestres et 7.200
maritimes et constitué des archipels des îles Cies, Ons, Salvora et Cortegada.
Dans le golfe de Gascogne, au nord-est, quelque 200 kg de fioul ont été ramassés sur
la plage de Loredo (Cantabrie), ainsi que des boulettes d'hydrocarbures sur la plage de
Langre.
Quatre navires munis de système de pompage sont partis en mer pour absorber au large
des Asturies diverses taches éparpillées de fioul.
Dans la ria de Arousa, principale zone de mytiliculture de la Galice, qui est le
deuxième producteur mondial après la Chine, quelque 5.000 pêcheurs au chômage
technique et volontaires ont pris la mer, pour la deuxième journée consécutive, afin de
ramasser, à la main, à l'aide de grandes pelles et épuisettes, les tâches épaisses
d'hydrocarbure visceux qui flottent dispersées dans la mer, remplissant des conteneurs
qu'ils rapportent ensuite à terre.
"Le fioul n'a pas touché les plages de l'intérieur de la ria, où sont
cultivées les moules ou les palourdes mais a atteint, en revanche, les plages de
l'extérieur où sont notamment ramassés des couteaux", a déclaré à l'AFP une
responsable de la confrérie de pêcheurs de O Grove, à l'embouchure de la ria de Arousa.
A terre, les mytilicultrices se sont employées toute la journée à protéger leurs
cultures de palourdes de la plage de O Grove en plaçant des barrières artisanales.
En mer, plusieurs navires étrangers mis à la disposition du gouvernement espagnol ont
continué à pomper les nappes de fioul et quelque 8.200 tonnes ont été récupérées
jusqu'à mercredi, de source gouvernementale.
Plus au sud, à Vigo, premier port galicien, des centaines de pêcheurs sont également
sortis en mer à l'aube pour contribuer au nettoyage des nappes qui se trouvent autour des
îles Cies et à l'entrée de la ria, selon la confrérie locale.
Quant à l'arrivée du fioul dans le parc national des îles Atlantiques, Alberto Gil,
porte-parole à Vigo de l'organisation Ecologistes en Action, parlait d'un
"désastre" pour les fonds marins et l'écosystème, les colonies d'oiseaux
marins qui peuplent le parc national, notamment des espèces protégées de cormoran
huppé et goéland argenté, de même que les fruits de mer, pouce-pied, moule, oursin,
araignée de mer, couteaux et crabe.
"Nous assistons impuissants à la destruction de tout le littoral. Ce pays est en
train de couler. C'est lamentable", a-t-il déploré en critiquant comme les
pêcheurs, le laissez-faire et le manque de coordination des autorités.
A l'université de Vigo (nord-ouest), un total de 67 professeurs, chercheurs et
techniciens en géologie marine, océanographie physique et écologie marine ont
vilipendé la gestion de la crise du pétrolier libérien Prestige à l'origine d'une
marée noire en Galice.
Dans un manifeste, dont l'AFP a obtenu une copie, ces scientifiques affirment que les
connaissances disponibles depuis plus de 25 ans sur la météorologie et les courants
marins en Galice "déconseillaient en toute circonstance le déplacement du navire
vers le sud, comme ce fut le cas entre le 15 novembre et la date du naufrage" (19
novembre).
"La position du lieu du naufrage rend probable son aggravation dans le temps à
cause de l'arrivée de vagues successives de fioul à la côte galicienne", affirment
ces scientifiques.
Lors d'une conférence de presse à La Corogne, le premier vice-président du
gouvernement, Mariano Rajoy, a indiqué pour sa part que le sous-marin de poche français
Nautile a inspecté exhaustivement mardi au large de la côte la proue de l'épave du
Prestige et qu'il n'a pas vu de fuite de fioul.