BORDEAUX (AFP) - Les
experts français redoutent vendredi une pollution du littoral "fragmentée" qui
risque de toucher pendant plusieurs mois les plages atlantiques."Les
nappes se dispersent tellement que l'on risque d'avoir des arrivages de Saint-Jean-de-Luz
(à la frontière espagnole) à la Pointe du Raz, au Finistère", selon l'état-major
de zone à Bordeaux qui prépare l'éventuel déclenchement d'un plan Polmar-terre.
L'état-major souligne que la pollution s'annonce "très différente et plus
compliquée que celle provoquée par le naufrage de l'Erika".
Sous l'effet des courants et des vents, la nappe de surface qui dérive depuis le
naufrage du Prestige s'est fractionnée en plaques de 2 à 5 mètres. Celles-ci
s'éparpillent sur plusieurs secteurs dans le Golfe de Gascogne. Les prévisions sur le
parcours des nappes sous-marines restent très difficiles.
Si l'hypothèse d'une pollution dispersée se confirme, "il faudra faire, tous les
jours et pendant plusieurs mois, des reconnaissances aériennes et des patrouilles
terrestres pour pouvoir nettoyer les boulettes et les galettes au fur et à mesure",
selon l'état-major.
Par ailleurs, les essais de récupération de fioul lourd menés depuis jeudi soir dans
le golfe de Gascogne par deux chalutiers ont montré que le produit était récupérable
par chalutage mais la technique d'approche des nappes doit être améliorée.
Ces tentatives des navires Aquitaine et Lafitte de Saint-Jean-de-Luz ont révélé que
la consistance du fioul récupéré à un peu moins de 200 km des côtes du pays basque
français, permettait de le rendre "prisonnier" des filets.
Les deux bateaux seront rejoints sur zone par huit autres chalutiers qui devraient
appareiller vendredi soir.
Un nouveau bâtiment de la Marine nationale, l'Elan, est attendu sur zone dans les
prochaines heures afin d'assurer le "stockage puis le transport des déchets vers un
site à terre".
Enfin, les autorités s'inquiètent de voir se multiplier les "dégazages
sauvages" dans le Golfe de Gascogne. Les images satellites montrent l'existence de
nappes irisées qui prouvent que certains "profitent de la pollution liée au
Prestige pour dégazer", selon l'état-major.
Les oiseaux mazoutés, qui ont été trouvés sur le littoral aquitain cette semaine,
ont été touchés par ces dégazages, et non par la pollution du Prestige, selon la même
source.
Alors que des taches ont été localisées à une centaine de km du littoral français,
le ministère de l'Ecologie a estimé mercredi que les premières apparitions de pollution
sur le littoral atlantique pourraient intervenir "dans quatre-cinq jours au
minimum".
La ministre de l'Ecologie, Roselyne Bachelot, et sa collègue de la Défense, Michèle
Alliot-Marie, passeront dimanche six heures sur le littoral atlantique pour étudier le
dispositif français de lutte contre la marée noire.