BRUXELLES (AFP) - La
Commission européenne va présenter mardi des propositions en réaction à l'accident du
pétrolier Prestige, parmi lesquelles la publication d'une liste noire européenne des
navires dangereux, a-t-on appris de source communautaire. A la veille d'une
réunion des ministres des Transports des Quinze à Bruxelles, la Commission proposera
également un règlement européen bannissant des eaux communautaires les navires à
simple coque transportant du fioul lourd. Le fioul lourd, le type d'hydrocarbures que
transportait le Prestige, est particulièrement dangereux pour l'environnement.
La liste noire des navires dangereux comportera 66 bâtiments qui seraient bannis des
eaux européennes si la législation post-Erika était déjà pleinement appliquée. Parmi
ces 66 navires, 26 battent pavillon turc, 12 de Saint Vincent et Grenadines (Caraïbes) et
9 du Cambodge. La Commission espère que la publication de cette liste noire mettra la
pression sur les armateurs et les Etats concernés pour qu'ils se conforment aux normes de
sécurité maritime. La législation post-Erika qui interdit ces navires sera en vigueur
à partir de juillet 2003.
Bruxelles appelle par ailleurs les Quinze à travailler à une réforme du droit
maritime international sur la responsabilité en cas de naufrage. Il faut éviter que les
propriétaires des navires puissent plafonner leur responsabilité financière en cas de
naufrage, et supprimer "l'immunité de fait" dont jouissent affréteurs et
gestionnaires des navires, estime la Commission. Bruxelles rappelle également avoir
proposé la création d'un fonds d'indemnisation européen des marées noires, sans être
écouté par les Quinze qui préféraient un nouveau fonds international. L'adoption
rapide d'un fond européen sera "indispensable" si les Quinze n'arrivent pas à
obtenir le fonds international qu'ils souhaitent, selon la Commission. Celle-ci recommande
enfin la création rapide d'une sanction pénale européenne pour toutes les personnes (y
compris morales) responsables d'une pollution importante. Les propositions de la
Commission doivent alimenter les discussions des chefs d'Etat et de gouvernement des
Quinze au sommet européen de Copenhague le 12 et 13 décembre, qui se penchera sur ces
questions à la demande de la France et de l'Espagne.
Lundi, le roi Juan Carlos d'Espagne a appelé à l'unité contre la marée noire qui
affecte la Galice, où il s'est rendu pour constater les dégâts, alors qu'une deuxième
vague de fioul vient souiller par nappes éparses le littoral galicien. "Nous devons
tous aider", a affirmé le monarque espagnol à Muxia, petit port de pêche de la
côte de la Mort, nommée ainsi en raison des nombreux naufrages qui s'y sont produits.
Après un survol de la côte dans un hélicoptère de l'armée, Juan Carlos Ier a
rencontré des volontaires nettoyant une plage de Muxia et des marins-pêcheurs en
chômage technique, à la criée de ce petit port de pêche galicien. Il a ensuite rendu
visite à la confrérie de pêcheurs du port voisin de Laxe, sous les applaudissements
d'une foule, tenue à distance par des agents de la garde civile. Ce voyage du roi a été
bien accueilli par la population locale et la classe politique tandis que la polémique
fait rage sur la gestion de la crise par le gouvernement espagnol et le fait que son chef
José Maria Aznar ne se soit pas encore rendu en Galice. Dimanche, 150.000 personnes ont
manifesté à Saint-Jacques de Compostelle en exigeant des démissions pour la
responsabilité politique de cette catastrophe écologique.
Sur le littoral, une mauvaise météo, pour la seconde journée consécutive, avec des
vents de nord nord-ouest de 35 à 45 km/h qui rabattent directement le fioul vers le
littoral, et des lames de fonds de 3 à 6 m gênaient, au large, les efforts
internationaux entrepris pour pomper le fioul de la marée noire. Toutefois, le sous-marin
océanographique français Nautile a pu effectuer une première plongée sur l'épave du
Prestige à 3.500 mètres de profondeur, et celle-ci n'a pas révélé de fuite de fioul.
D'après le gouvernement espagnol, plus de 7.000 tonnes de fioul ont été pompées en
mer dans la zone de la nappe principale et près de 2.600 tonnes de résidus ont été
ramassés sur les plages galiciennes. Selon l'organisation écologiste Greenpeace, des
analyses effectuées à l'Institut de recherches chimiques et environnementales de
Barcelone (IQAB), sur des échantillons de fioul lourd du Prestige, ont confirmé sa
toxicité et notamment "la présence d'hydrocarbures aromatiques policycliques lourds
(PAHs), les plus toxiques et potentiellement cancérigènes, comme le benzopyrène".