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Mardi 19 Novembre 2002

Le pétrolier "Prestige" s'est brisé en deux au large des côtes espagnoles

 

La catastrophe écologique redoutée depuis une semaine semble désormais difficilement évitable: le pétrolier "Prestige", qui transportait plus de 70.000 tonnes de fioul, s'est brisé en deux mardi matin et a commencé à couler à environ 250 kilomètres au large de la Galice au nord-ouest de la péninsule ibérique, menaçant d'une marée noire les côtes espagnoles, portugaises et peut-être même françaises.

Ce que tous craignaient s'est produit aux environs de 8h00 du matin (07h00 en temps universel): le pétrolier immatriculé aux Bahamas, qui avait commencé à perdre du carburant mercredi dernier en pleine tempête, s'est cassé durant les opérations de remorquage destinées à l'éloigner des côtes. Le pétrolier se trouve dans les eaux internationales, dans une zone sous la responsabilité du Portugal pour les opérations de sauvetage.

"Il s'est brisé en deux et une moitié est en train de couler", a précisé Claudia Van Andel, une porte-parole de la SMIT, la compagnie néerlandaise de sauvetage en mer qui remorquait le pétrolier. Elle a précisé que le navire avait été détaché des remorqueurs.

La SMIT a estimé que le "Prestige" avait perdu jusqu'à présent entre 5,2 millions et 10,4 millions de litres de fioul. Il reste encore une chance que certains des réservoirs demeurent intacts et viennent reposer par 3.600 mètres de fond ce qui limiterait les dégâts. "Cela dépend beaucoup de la température de la mer. Si elle devient suffisamment froide, le fioul pourrait se solidifier et ce n'est pas si dangereux", a précisé Mme Van Andel.

Mais si les réservoirs cèdent et que le "Prestige" perd la totalité de la cargaison, la marée noire représenterait près de deux fois celle de l'"Exxon Valdez" en 1989 au large de l'Alaska.

"Il y a eu une nouvelle alerte aux vents violents hier soir et c'est manifestement une tempête de trop", a commenté un porte-parole de Universe Maritime, qui gère le navire. "Le fait que nous soyons obligés d'être si loin de la côte a manifestement exposé le navire à ce mauvais temps. C'est regrettable vous le savez et cela fera sans aucun doute l'objet d'un débat dans l'avenir", a ajouté ce responsable sous couvert de l'anonymat.

Le "Prestige" avait déjà laissé échapper mercredi quelque 3.000 tonnes de fioul dans l'océan Atlantique. Le pétrolier présentait une brèche de neuf à quinze mètres sur la partie immergée de la coque, ce qui avait rendu impossible l'utilisation de ses moteurs tandis que les sauveteurs recherchaient un port pour effectuer les réparations.

 

 

Sur le rivage, les nappes ont pénétré une bande fragile de 35km entre le cap Finisterre, riche en coquillages, et Malpica. La zone est également réputée pour ses coquillages, ses poulpes et ses crabes. Des dizaines de plages et criques ont été souillées par du fioul épais et déjà la faune côtière est affectée: 150 animaux, essentiellement des oiseaux, ont été recueillis pour être traités.

"Nous avons vu de nombreux poissons et oiseaux morts et d'autres à l'agonie", rapportait Ezequiel Navio, de la branche espagnole ADENA du Fonds mondial pour la nature. Des soldats et des volontaires nettoient toujours des plages entre le cap Finisterre et La Corogne. La pêche, l'une des principales activités de la Galice, est interdite ce qui met des centaines de personne au chômage technique.

Dimanche soir, le capitaine du navire immatriculé aux Bahamas a été écroué après avoir été interrogé pendant cinq heures par un juge à La Corogne. Le juge a fixé sa caution à trois millions d'euros.

Le navire, propriété de la compagne Mare Shipping Incorporated enregistrée au Liberia, faisait route vers Singapour la semaine dernière lorsqu'il a été pris dans la tempête. Les autorités espagnoles affirment que le pétrolier n'avait pas subi d'inspection depuis 1999 malgré des escales régulières à Gibraltar, des accusations démenties par la Grande-Bretagne.

La compagnie qui gère le "Prestige" assure de son côté que c'est la première fois que le pétrolier rencontre de tels problèmes. "Il n'y a eu aucun précédent qui ait entraîné une pollution", selon un porte-parole. Le dernier contrôle subi dans un port avait été effectué en 1999 et la dernière inspection annuelle passée en mai dernier, a-t-il précisé. Tous les cinq ans, le pétrolier est mis en cale sèche pour une inspection totale, dont la dernière remontait à mai 2001, a-t-il ajouté.

La côte du nord-ouest de l'Espagne a essuyé les conséquences de plusieurs avaries de pétroliers ces dernières années. La pire catastrophe est survenue en 1992 quand le tanker grec "Agean Sea" avait perdu plus de 80 millions de litres de pétrole brut après s'être échoué près de La Corogne.

 

Mardi 19 Novembre 2002 © Source Yahoo