LA COROGNE (Espagne) (AFP) - Le chef du gouvernement espagnol
José Maria Aznar a demandé pardon samedi à La Corogne pour les erreurs commises dans la
gestion de la marée noire du pétrolier Prestige, au cours de sa première visite en
Galice (nord-ouest), un mois après le début de la catastrophe.
Tandis que les confréries de pêcheurs redoutent l'arrivée d'une troisième vague de la
marée noire dans le sud-ouest de la Galice, en raison du vent défavorable du sud-ouest
et de la houle qui poussent vers la côte une nappe de fioul "de grande
envergure", M. Aznar a effectué une visite inopinée à La Corogne, à son retour du
conseil européen de Copenhague, sous la protection d'un important dispositif policier.
Un millier de manifestants se sont rassemblés spontanément devant la tour de contrôle
de trafic maritime du port de La Corogne, pour scander des slogans hostiles au
gouvernement et à cette visite.
Lors d'une conférence de presse à La Corogne, M. Aznar a affirmé qu'il assume "les
erreurs". "Je demande pardon aux personnes qui, certains jours, ont manqué de
moyens et de ressources dont simplement, nous ne disposions pas", a-t-il déclaré à
l'issue d'une visite au centre de coordination de la lutte contre la marée noire. Il a
justifié son absence sur le terrain en Galice depuis un mois en réitérant qu'il ne
voulait pas "se faire une photo d'opportunité" et qu'il était "plus
utile" ailleurs.
Venir auparavant en Galice "aurait été peut-être utile pour gagner un peu de
popularité, électoralement, pour paraître un peu plus sympathique mais cela aurait
été une manipulation des sentiments des Galiciens", a souligné M. Aznar en
affirmant qu'il n'a "jamais été aussi proche de leurs préoccupations".Interrogé
sur son éventuelle visite sur les plages polluées, M. Aznar a répondu qu'il ne s'y
rendrait pas, "par respect et pour ne pas déranger les personnes qui
travaillent" au nettoyage, mais qu'il survolerait la zone du naufrage du Prestige, à
quelque 270 km au large de la côte galicienne, avant de rentrer à Madrid.
A l'extérieur, l'un des représentants de la plate-forme "Nunca Mais" (Jamais
plus! en galicien), l'écrivain galicien Manuel Rivas a déploré devant des journalistes
que M. Aznar vienne en Galice "comme un préteur romain". "C'est une honte,
il faut respecter les deuils", a-t-il ajouté en faisant allusion à la catastrophe
écologique mais aussi socio-économique qui touche la Galice, la région d'Europe la plus
dépendante de la pêche.
Sur le littoral du sud-ouest de la Galice, les pêcheurs redoutaient le pire. "Nous
craignons que la nappe arrive à toutes les rias (NDLR: Arousa, Pontevedra et Vigo)",
a déclaré le patron de la confrérie de pêche de O Grove.
Cette grande nappe se situait vendredi à 35 km de La Guardia, à la frontière entre
l'Espagne et le Portugal, selon la même source.
A plusieurs endroits du littoral, le gros temps empêchait les chalutiers de sortir au
delà de l'embouchure des rias, ces riches réserves de mollusques et notamment de moules,
épargnées jusqu'à présent par la marée noire. Les marins pêcheurs tentaient une
nouvelle fois de protéger l'intérieur de ces rias en faisant face à l'embouchure de ces
vallées fluviales, à une prolifération accrue de galettes de fioul, selon les
confréries.
Entre temps, des centaines de volontaires, des étudiants pour la plupart, affluaient vers
la Galice pour prêter main forte au nettoyage des plages, au cours du week-end. Le
déploiement des volontaires sur les plages a obligé le gouvernement régional de Galice
à prendre des mesures de protection sanitaire, en raison de la toxicité du fioul,
notamment pour les voies respiratoires.
Près de 300 personnes, dont 200 volontaires, ont été soignés depuis le début de la
crise sur le littoral galicien pour des problèmes respiratoires ou des vomissements liés
à l'inhalation du fioul, selon un communiqué du gouvernement régional rappelant l'usage
indispensable de masques de protection. |