PARIS (AFP) - Les grandes
associations écologistes françaises ont exprimé lundi leur "ras-le-bol" face
à la marée noire du Prestige, trois ans à peine après celle de l'Erika, et ont refusé
d'envoyer des bénévoles sur les plages pour "nettoyer à la place des
pollueurs".
Robin des Bois, France Nature Environnement, Greenpeace France, Les Amis de la Terre,
Surfrider Fondation Europe, Keep it Blue et le Collectif anti-marées noires de
Saint-Nazaire tenaient lundi une conférence de presse commune.
"Nous sommes unanimes pour dire qu'il y en a marre d'appeler les bénévoles à aller
ramasser les cochonneries que devraient ramasser les pollueurs", a lancé Christian
Garnier, vice-président de FNE.
La fédération, qui regroupe quelque 3.000 associations en France, demande à ses membres
de ne pas participer directement au ramassage du fioul, mais de simplement contrôler les
opérations.
Les militants sont invités à prendre part aux réunions avec les préfets, dans le cadre
du plan Polmar, pour organiser d'éventuelles opérations de nettoyage et éviter des
dégradations des milieux fragiles.
Robin des Bois, qui maintient une équipe de bénévoles en Galice, met en garde les
volontaires : "si vous allez nettoyer, surtout, faites-le avec l'équipement
indispensable, combinaisons, gants, masques".
Le fioul du Prestige est notamment constitué, comme celui de l'Erika (coulé en 1999 au
large des côtes bretonnes), des hydrocarbures aromatiques, composés toxiques et
cancérigènes. Un contact sans protection peut entraîner des nausées, vomissements,
lésions cutanées. Enfants et femmes enceintes doivent impérativement se tenir
éloignés du produit.
Les associations ont appris de l'Erika. "On sait débusquer les phrases creuses, les
effets de manche", a souligné Jo Le Guen (Keep it Blue).
Toutes dénoncent "l'inertie des pays européens" et réclament des
"décisions radicales" de l'Union pour mettre de l'ordre dans un système de
transport maritime dénoncé comme "opaque, clos".
Greenpeace France va ainsi rencontrer dans la semaine des conseillers du président
Jacques Chirac pour demander un régime de responsabilité illimitée des compagnies
pétrolières et des armateurs.
Son directeur Bruno Rebelle a rappelé que les Etats-Unis n'ont pas connu de pollution
majeure depuis la catastrophe de l'Exxon Valdez et l'adoption de l'Oil Pollution Act de
1989. La loi américaine exige que tout navire entrant dans ses eaux produise un
certificat d'assurance prouvant que navire et cargaison sont couverts de manière
illimitée.
"Je ne connais pas d'assureur qui couvrirait dans ces conditions un navire
poubelle", a-t-il souligné.
Conformément à la convention de l'Organisation maritime internationale (OMI), l'Erika
comme le Prestige ne sont assurés que partiellement, à hauteur de 13 millions d'euros
pour le premier et 20 M EUR pour le second, a-t-il indiqué.
"L'Union européenne doit sortir du régime de responsabilité limitée de l'OMI et
contribuer, avec les Etats-Unis, à assainir le monde du transport maritime", a
souligné M. Rebelle.
France Nature Environnement proposera cette semaine aux autres associations une
plate-forme de mesures pour réguler le transport maritime, qu'elle adressera aux élus
dans chaque pays européen. Une pétition va également associer le public, par
l'intermédiaire des magasins Nature et Découverte. |
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