LA COROGNE (AFP) - La
carcasse du pétrolier libérien Prestige, qui repose depuis trois semaines au fond de
l'Atlantique, laisse échapper un flot continu de 125 tonnes de fioul par jour, a annoncé
mardi le numéro deux du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy.Plus près de la
côte, une nappe submergée menaçait mardi le sud-ouest de la Galice, déjà touchée par
deux vagues de marée noire.
M. Rajoy a révélé l'ampleur des fuites de la carcasse du pétrolier lors d'une
conférence de presse à La Corogne (Galice) en précisant que, selon "l'estimation
actuelle de la commission scientifique" créée lundi pour analyser les observations
du sous-marin de poche français Nautile, "il sort de la proue environ 80 tonnes par
jour, et de la poupe, quelque 45. Nous parlons de 120 à 125 tonnes par jour".
"Ce qui sort met environ un jour à arriver à la surface", a ajouté le
premier vice-président et porte-parole du gouvernement espagnol, sans donner une
estimation totale de la fuite depuis le naufrage, le 19 novembre.
Le ministre a également révélé que le nombre de fissures sur la coque du pétrolier
s'élevait à quatorze contre neuf constatées lundi.
Neuf fissures ont été observées dans la proue de l'épave qui repose par 3.600
mètres de fond à 270 km du rivage, et cinq dans la poupe, qui gît 3,7 km plus loin.
Le Nautile, en mission pour huit jours, va reprendre ses observations "dans les
prochains jours", a ajouté M. Rajoy.
Une nappe de 31 tonnes de fioul s'étendant sur plus de 1.000 km carrés (57 km sur 18
km) a été repérée sur les lieux du naufrage, a-t-il également annoncé.
L'épave pourrait mettre de 5 à 39 mois à se vider de sa cargaison, a estimé mardi
le chef d'une commission scientifique constituée par le gouvernement espagnol pour
étudier les observations de l'épave par le sous-marin Nautile.
En Galice, un groupe de nappes fragmentées par leur long séjour dans l'eau se
concentraient mardi face à la côte de la Mort (nord) et à 85 kilomètres des îles de
Ons (sud-ouest), a-t-il confirmé.
Le gouvernement local estimait pour sa part qu'aux côtés de nappes visibles, d'autres
submergées se déplaçent "hypothétiquement" vers la côte, entre deux eaux,
en raison de la houle et de la dilution de l'hydrocarbure.
Les vents d'est et de nord-est tournant à l'ouest au cours de la journée, devaient
pousser les nappes de fioul vers la côte, déjà polluée à deux reprises en moins d'un
mois.
Les vents avaient laissé un peu de répit cette fin de semaine, en maintenant
éloignées des côtes les nappes de fioul échappé du Prestige.
Le Prestige, naufragé au large de la Galice le 19 novembre dernier alors qu'il
transportait 77.000 tonnes de fioul, en a laissé échapper des milliers de tonnes qui ont
pollué des centaines de kilomètres de côtes, dont la côte de la Mort et l'espace
protégé du parc national des îles atlantiques, qui comprend les archipels de Ons et de
Cies.
Le danger sur les côtes françaises ne se précisant pas, les moyens antipollution mis
en place au large du littoral français devaient être redéployés mardi à l'ouest de
Santander, où un danger de pollution a été détecté, a indiqué à l'AFP Sylvain Le
Berre, porte-parole de la préfecture maritime.
Le chef du gouvernement espagnol José Maria Aznar a maintenu mardi le ton
d'autocritique modérée qu'il avait adopté lundi soir sur sa gestion contestée de la
marée noire.
Il a reconnu qu'"à certains moments précis, tous les moyens nécessaires n'ont
pas été disponibles" dans la lutte contre le désastre. "Mais peu d'heures
après, ces situations (de carence) étaient résolues", a-t-il ajouté lors d'une
conférence de presse au siège de son Parti populaire (PP, droite).