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Mercredi 01 Novembre 2000


Six mille tonnes de produits toxiques

Les spécialistes sont divisés sur la toxicité réelle de la cargaison de 6 000 tonnes que l'Ievoli Sun transportait pour le compte des compagnies Shell et Exxon.

Tous notaient cependant la toxicité du principal produit chimique du navire, le styrène monomère (3 998 tonnes, convoyé pour Shell), par rapport aux deux autres solvants extrêmement solubles dans l'eau, le méthyle-éthyle-cétone et le propanol ou alcool isopropylique (un millier de tonnes chacun pour Exxon).

Les services du ministère de l'Intérieur, citant le CEDRE (Centre de documentation, de recherche et d'expérimentation sur les pollutions accidentelles de l'eau), ont rappelé que le styrène était classé B dans l'échelle internationale Marpol à quatre degrés (de A pour les produits les plus dangereux à D).

Le produit est « modérément toxique pour la vie aquatique » et « susceptible d'altérer les aliments d'origine marine ». Peu soluble dans l'eau, « il s'étalera en surface où une partie va s'évaporer, une autre s'agglomérer et une troisième partie se dissoudre en une semaine au plus ».

Styrène : corrosif et déflagrant

La préfecture maritime de Cherbourg a pour sa part caractérisé le styrène comme un produit « très toxique, très corrosif et déflagrant ».

Selon le président de l'IFREMER (Institut français de recherche pour l'exploration de la mer), Jean-François Minster, le styrène, s'il s'échappait du navire, remonterait à la surface de l'eau où il laisserait une trainée blanche. Une partie « entre la moitié et 100 % » serait transformée en gaz et partirait dans l'atmosphère. Une fraction pourrait atteindre le Cotentin très rapidement en cas de vents défavorables. Le gaz, malodorant à très faible concentration (0,5 partie par million) et de ce fait aisément identifiable, provoque une irritation des muqueuses et des maux de tête, voire même des vomissements.

L'autre partie, selon M. Minster, restée dans l'eau où elle se dégraderait progressivement, ne serait pas toxique pour la faune aquatique. Mais le processus donnerait aux poissons, coquillages et crustacés « un gout désagréable même à très faible concentration (0,25 ppm) ».

Pour le directeur de l'unité de prévention des risques chimiques du CNRS, André Picot, le styrène est un hydrocarbure aromatique se présentant sous forme liquide et peu volatile. C'est un cancérogène chez les rongeurs et un « cancérogène possible pour l'homme ». Il est « irritant pour les yeux, les bronches et la peau ». Les équipes appelées à intervenir devraient donc porter des masques et des gants, a indiqué M. Picot.

Le directeur de Greenpeace-France, Bruno Rebelle, a souligné que le styrène était un produit « corrosif et cancérigène ». « Même s'il est dans des cuves, il ne va pas y rester très longtemps, a-t-il dit ». « Se mélangeant peu à l'eau et ne s'évaporant qu'à 20 %, il va faire des paquets » qui pourraient arriver à la côte. Le produit menacera alors « tout le monde », animaux, végétaux et « même l'homme ».

Mercredi 01 Novembre 2000 © Source Nice-Matin

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