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Vendredi 10 Novembre 2000

Tempêtes et inondations au menu du réchauffement
de la planète

Inondations en Europe, en Asie ou au Mozambique, tempêtes et naufrages comme celui du chimiquier italien Ievoli Sun : le public se demande si les dérèglements climatiques actuels sont liés au réchauffement climatique, sujet qui sera discuté sous l'égide de l'ONU la semaine prochaine à La Haye.

"On ne peut pas lier avec certitude les récentes tempêtes au réchauffement climatique, mais cela donne une bonne image de ce qui risque de se produire si rien n'est fait", estime Hervé Le Treut, climatologue au Laboratoire de météorologie dynamique à Paris.

Les scientifiques soulignent que la science du climat est trop récente -une centaine d'années, et seulement 40 ans de statistiques fiables sur les tempêtes- pour faire la part du hasard et de la nécessité.

"Le climat est un système chaotique guidé par des phénomènes de fond, comme le comportement des océans, l'effet de serre", souligne Philippe Ciais (CEA, Commissariat à l'énergie atomique).

Autrement dit, sur une période courte comme le siècle, le réchauffement peut être démenti par une année plus froide (comme 1999) sans qu'on puisse en tirer des leçons. Les météorologues ne jugent pas inhabituelle la série de tempêtes actuelle dans l'hémisphère nord... d'autant qu'elles sont de saison.

Jean Jouzel, spécialiste des climats anciens, estime que le réchauffement planétaire se traduira "probablement par un climat plus variable, avec des sécheresses et de fortes précipitations selon les zones géographiques".

Il est plus prudent sur les tempêtes, observant que les périodes glaciaires, qui génèrent de fortes différences de températures, ont été dans le passé plus propices aux tempêtes que les périodes chaudes.

Ce dont les scientifiques sont sûrs, c'est que la température à la surface de la terre augmente à un rythme anormalement rapide.

"Nous devrions être dans un cycle long de refroidissement, depuis environ 10.000 ans, qui devrait culminer dans 60.000 ans avec une période glaciaire", souligne Jean Jouzel.

Or on constate au contraire depuis 150 ans un réchauffement constant et très rapide du climat. L'étude des glaces polaires permet désormais d'affirmer que ce réchauffement, particulièrement sensible depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale est lié à la concentration de gaz carbonique (CO2) d'origine humaine libéré par les énergies fossiles : gaz, pétrole et charbon.

"On a deux certitudes, explique Jean Jouzel : "l'homme modifie la composition de l'atmosphère, et le climat se réchauffe".

Ainsi, 1998 a été sans conteste l'année la plus chaude, et la dernière décennie la plus chaude du millénaire.

A terme, le réchauffement, estimé entre 1,5 et 6 degrés en moyenne par la communauté internationale des chercheurs, se traduira par une condensation énorme de vapeur d'eau libérée par les océans, ce qui peut favoriser les phénomènes violents : précipitations, sécheresses, tempêtes.

De nombreuses inconnues demeurent cependant : les chercheurs s'interrogent sur le rôle des nuages, d'autant que les gaz libérés dans l'atmosphère comme les aérosols produisent à leur tour des gouttes nuageuses plus petites et plus réfléchissantes, susceptibles de refroidir l'atmosphère.

En dépit des incertitudes, "le consensus des scientifiques en faveur d'un lien entre activité humaine et réchauffement climatique s'est nettement raffermi depuis dix ans", souligne Jean Jouzel.

"Il est indispensable de commencer dès maintenant à stabiliser les émissions de gaz à effets de serre, sinon on risque d'aboutir à un climat très différent du climat actuel", affirme-t-il.

L'IPCC (Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat, qui réunit 3. 000 chercheurs) prévoit déjà que la teneur en CO2 dans l'atmosphère aura plus que doublé en 2100. Or, le CO2 met plusieurs centaines d'années à se recycler. Les décisions d'aujourd'hui ne feront sentir leurs effets au mieux que dans plusieurs dizaines d'années.

Vendredi 10 Novembre 2000 © Source Multimania

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