Jeudi 09 Novembre 2000 |
Le directeur de Greenpeace France s'exprime sur le Ievoli Sun
| Massacre des bébés phoques, usine de retraitement de la Hague, affaire du Rainbow Warrior : en près de trente ans lassociation Greenpeace sest battue sur tous les fronts en faveur de la protection de lenvironnement. Naguère ignorée ou méprisée, la voix de Greenpeace commence à rencontrer lécho de nos dirigeants. Rencontre avec Bruno Rebelle, le directeur de Greenpeace France qui sexprime sur le Ievoli Sun. | ![]() |
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MultiMania : LErika lannée dernière, le Ievoli Sun aujourdhui, navez-vous pas limpression que rien na changé en matière de protection maritime ?
Bruno Rebelle Dire que rien na changé nest pas tout à fait exact. Il y a eu une réaction assez rapide du gouvernement français juste après laccident de lErika qui a transmis des recommandations à la Commission européenne et qui se sont transformées plus tard en projets de directives. Ce que lon peut en revanche regretter, cest que ces directives naient pas été adoptées plus vite ce qui aurait peut-être évité à la société de classification Rina de continuer à travailler sans avoir à rendre des comptes. Ce que lon peut aussi regretter, cest que ces projets de directives aient été considérablement atténués dans leur rigueur par le Conseil des ministres européens des Transports, pourtant présidé depuis le 1er juillet par Monsieur Gayssot. En revanche nous constatons quil y a toujours aussi peu de moyens dinvestigations et de secours lorsquun navire de la dangerosité du Ievoli Sun part par le fond.
MM : La zone des Casquets est bien connue des militants de Greenpeace. Croyez-vous que le naufrage du Ievoli Sun dans ce périmètre ne soit pas dû au hasard ?
B.R : Cest vrai que nous nous sommes demandés pourquoi le remorquage avait cessé à cet endroit là et pourquoi le bateau avait précisément coulé dans un secteur qui a toujours été utilisé comme une vaste poubelle. Dans les années 50-60, on y a immergé 14 000 tonnes de déchets radioactifs, mais aussi des munitions et des déchets toxiques. Ce qui nous a surpris dans le cas du Ievoli Sun, cest quil était en phase de remorquage. Par la suite, on nous a dit que le bateau était attendu à Cherbourg alors quil ny avait pas de préparatifs particuliers pour laccueillir. Encore une fois sur tous ces points, nous navons pas eu de réponse particulièrement convaincante.
MM : Quelle pourrait-être linfluence de la tempête sur cette pollution chimique ?
B.R : La tempête a deux effets. Elle a un effet que lon va dire malheureusement bénéfique parce quelle brasse beaucoup dair et deau et quil en résulte un effet de dilution de lémission de polluants. Mais elle a aussi un effet préoccupant puisque nous sommes dans une région à forts courants qui pourraient faire bouger lépave, lendommager ou la faire sombrer complètement dans la fosse des Casquets.
MM : Pour la première fois le gouvernement fait appel officiellement à votre logistique et à vos moyens techniques. Les relations entre Greenpeace et les autorités françaises sont-elles aujourdhui normalisées ?
B.R : Pardon de vous corriger, mais ce nest pas le gouvernement qui fait appel à notre logistique mais cest plutôt Greenpeace qui a fait une proposition de services. Considérant que nous connaissions bien ce secteur de la fosse des Casquets et que nous disposons dun équipement qui semble adapté à ce genre dinvestigations, nous avons proposé à la préfecture maritime qui gère le plan Polmar-mer de mettre à disposition nos équipes et nos équipements. Cest cette proposition qui a été sur le principe acceptée et nous en sommes ravis. Lidée est de pouvoir collaborer au plus vite afin de cerner le risque et mettre en place un plan de récupération de la cargaison.
MM : Aujourdhui soriente-t-on exclusivement vers le pompage ?
B.R : Je ne peux absolument pas vous le dire. Il y a plusieurs hypothèses comme la récupération de la cargaison ou le renflouement du bateau. Vu létat de lépave, il nest pas impossible que lon opte pour cette deuxième solution.
MM : Pensez-vous que les autorités françaises aient eu raison de relativiser les conséquences de cette catastrophe écologique ?
B.R : Le gouvernement cherche toujours à minimiser ce genre de problème. Je trouve que le gouvernement na pas complètement joué la transparence dans cette affaire. On nous dit un jour, cela nest pas dangereux, on nous dit le lendemain le polystyrène va se polymériser en surface, on nous dit également que cela naffecte pas la consommation des produits de la mer, mais que si des fois on trouve un poisson qui le goût de plastique, il vaut mieux ne pas le manger. Tout cela est pour le moins confus dans notre esprit, dans lesprit des habitants de la région et de lopinion publique.
MM : De quelle manière les choses sorganisent-elles sur place ?
B.R : Un navire allemand (le Neuwerk ndlr) conçu et équipé pour travailler en atmosphère explosive est arrivé dimanche et est parti sur zone lundi dans laprès-midi. Il était prévu initialement que ce navire embarque notre équipe et notre robot . Finalement, cet embarquement na pas pu se produire vraisemblablement pour des raisons administratives. Ce navire devrait revenir mardi à Cherbourg avec les premiers résultats des investigations faites à la verticale de lépave. Les autorités nous ont promis quà ce retour, nous pourrions embarquer sur le bateau afin de faire les premières images. Mais tout cela, demande du temps puisque cest la première fois que le gouvernement active la Convention de Bonn qui propose une mise en commun des moyens de lutte anti-pollution. Le Northern Prince le navire écossais mandaté par larmateur pour venir faire des investigations et qui devait être là aussi lundi, na lui non plus toujours pas pris la mer. Autant de facteurs qui retardent encore la mise en place des moyens mis en uvre pour commencer à travailler efficacement sur lépave.Propos recueillis par David RAYNAL et Cédric REISCHEK
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