Terra libra l   www.polmar.com

dauphin_home.gif (1599 octets)  

Lundi 18 Décembre 2000

Naufrage du Ievoli-Sun
Evaluation des risques de pollution et premières mesures

La Direction de la Prévention de la Pollution et des Risques (DPPR) du Ministère, assistée d’un comité national d’experts a réalisé une première évaluation des risques liés au naufrage. Le comité d’experts, réunit notamment les représentants des ministères de l’Intérieur, de la Santé, de l’Equipement, du MATE et ceux de plusieurs organismes : INERIS, IPSN, CEDRE, IFREMER, INRS, Météo France... ainsi qu’un expert de SHELL.
Les informations disponibles attestent la présence à bord de l’épave de 4.000 tonnes de styrène monomère, de 1.000 tonnes de méthyl éthyl cétone et de 1.000 tonnes d’alcool isopropylique. Les trois composés sont inflammables et peuvent dans certaines proportions être explosifs ; c’est le premier danger, auquel s’ajoute la toxicité. Les vapeurs sont plus lourdes que l’air pour les trois composés. Toutefois, seul le styrène engendre un risque réel, les deux autres composés étant rapidement solubles dans l’eau.

Dès l’annonce du naufrage, la Ministre de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement s’est rendue à Cherbourg afin d’évaluer les risques sanitaires et environnementaux que font courir les produits transportés par le chimiquier en cas de propagation dans l’eau et dans l’air et d’arrivée sur les côtes françaises. L’IFREMER, le CEDRE, l’INERIS et l’AFSSA notamment ont été saisis sur ces questions. Les premiers résultats communiqués ont permis de prendre les mesures de précaution nécessaires, tant pour les intervenants spécialisés que pour les populations alentours. Il est d’ores et déjà décidé qu’aucun appel au bénévolat ne sera fait, le cas échéant, compte tenu de la toxicité des produits.

Diffusion atmosphérique accidentelle de styrène

Après examen des différents modèles, le premier scénario retenu tient compte d’une absence de déplacement de la nappe et de la libération, en une fois, de 500 tonnes de styrène. Dans ce cas de figure, le seuil de 500 ppm (particules par million) ne sera dépassé qu'au-dessus de la nappe. Le seuil de 50 ppm ne sera pas dépassé au-delà d’une distance de 1 à 8 km selon les hypothèses utilisées. Enfin, le seuil olfactif pourrait être atteint jusqu'à 30 km de la nappe. La durée de ces concentrations peut être de 3 à 12 heures (moins si la direction du vent change). Dans le cas d’un scénario majorant avec 4000 tonnes de styrène libérées, le seuil de 750 ppm ne sera atteint, lui aussi, que juste au-dessus de la nappe et celui de 50 ppm qu’à 20 km de distance au maximum. Cette concentration est assez peu probable, car elle nécessiterait un temps très ensoleillé et une mer calme. La côte se trouve à 20 km du lieu du naufrage.

Protection des populations

Dans le cas où une nappe de styrène libérée de l’épave dérive et que de l’air contenant du styrène atteigne la côte, un dispositif de surveillance s’avère nécessaire, particulièrement concernant la direction des vents et la situation des éventuelles nappes en mer. L’élément essentiel est que le seuil de détection olfactive du styrène (entre 0.5 et 1 ppm) est très inférieur au seuil de risque (plus d’1 heure d’exposition avec 250 ppm). La détection olfactive peut donc constituer pour les populations une pré-alerte (vigilance) avant un signal de mise à l’abri (domicile ; seuil à définir). La mise à l’abri dans les habitations divise par 10 le seuil d’exposition la première demi-heure, et par deux pendant les deux premières heures.

Polymérisation éventuelle du styrène

La polymérisation (forme de solidification) semble peu probable compte tenu des températures actuellement relativement basses, de la dispersion du produit et de sa volatilisation. Les informations disponibles de plusieurs sources indiquent que le styrène ne devrait pas se polymériser en moins de 170 jours à 15,6°C ou d’1 an à 4-5 °C. Ces éléments donnent donc un délai de 7 mois au moins sans polymérisation, dans les conditions de température à attendre sur cette zone. Des informations supplémentaires sont attendues en ce qui concerne la température d’équilibre atteinte lors de la réaction, la cinétique et une augmentation éventuelle du volume du styrène.

Explosion/inflammation potentielle et effets thermiques

L’inflammation spontanée du styrène est très peu probable. Une inflammation provoquée n’est pas souhaitable, elle exposerait inutilement ceux qui la mettraient en œuvre.



Faire progresser l’action publique

Contamination du milieu aquatique

Compte tenu des propriétés du styrène, on peut estimer que le risque d’une contamination à long terme ou de la chaîne trophique dans le milieu aquatique est peu probable. Cependant, une mortalité d’organismes aquatiques de façon ponctuelle et localisée ne peut être exclue.

Mesures prises :

Des mesures de sécurité pour la circulation aérienne ou maritime autour de l’épave ont été prises (balisage) ;

• Des prélèvements pour analyses sont effectués régulièrement sur la zone du naufrage ;

• Un dispositif de détection et de vigilance continues est opérationnel sur place ;

• Le dispositif POLMAR a été activé : 5,2 MF ont été débloqués en urgence pour financer les premières opérations, notamment le travail du Neuwerk.



Essaimer les pratiques du développement durable

Le styrène : des risques pour la santé humaine

Le styrène est un hydrocarbure aromatique non substitué, essentiellement utilisé dans la production de résines, de caoutchoucs et de polystyrène. Sur l’Ievoli-Sun, il était distribué dans dix cuves indépendantes supposées étanches. Une réévaluation globale des risques générés par le styrène est en cours dans le cadre du règlement européen 793/93/CE. La partie environnement est presque finalisée et n’a pas mis en évidence de risques pour l’environnement dans les conditions d’utilisation connue de la substance.
Concernant la santé humaine, le styrène est rapidement absorbé par les différentes voies et se distribue dans tout l’organisme. L’odeur est détectable dès 0,1 à 0,5 ppm chez les non anosmiques et les fortes concentrations entraînent une fatigue olfactive. Au plan de la toxicité aiguë, le styrène est un irritant des muqueuses par voies aériennes entraînant une atteinte irritative des yeux, du nez, de la gorge et des voies respiratoires, à partir d’une concentration de 200 ppm. Au-delà et jusqu'à 700 ppm, l’inhalation du styrène peut entraîner une atteinte du système nerveux central associant malaise, vertiges, maux de tête, nausée, fatigue. L’absorption cutanée est faible à travers une peau saine. Des contacts répétés peuvent cependant induire une dermatite.
Au plan chronique, la cancérogénéité est résumée dans la classification D EPA et dB du CIRC, témoignant de l’absence de données convaincantes et pertinentes chez l’homme. Les troubles de la reproduction sont toujours difficiles à évaluer ; expérimentalement, les constatations sont surtout en faveur d’une absence d’action sur le développement.

Les risques pour la sécurité alimentaire

Saisie le 31 octobre par les autorités, l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA) estime pour l’instant que "la sécurité du consommateur peut être assurée dès lors que tout produit de la mer présentant une anomalie organoleptique est retiré de la consommation. En effet, le seuil de détection de l’odeur des trois molécules est très largement inférieur aux seuils de contamination des produits de la mer au delà desquels ceux-ci seraient susceptibles de présenter un risque pour le consommateur (au regard de la DJA de ces substances)".


Lundi 18 Décembre 2000 © Source ministère de l'équipement

dauphin_home.gif (1599 octets)