Lundi 18 Décembre 2000 |
Naufrage du
Ievoli-Sun
Evaluation des risques de pollution et premières mesures
La Direction de la Prévention de la Pollution et des Risques (DPPR) du Ministère, assistée dun comité national dexperts a réalisé une première évaluation des risques liés au naufrage. Le comité dexperts, réunit notamment les représentants des ministères de lIntérieur, de la Santé, de lEquipement, du MATE et ceux de plusieurs organismes : INERIS, IPSN, CEDRE, IFREMER, INRS, Météo France... ainsi quun expert de SHELL.
Les informations disponibles attestent la présence à bord de lépave de 4.000 tonnes de styrène monomère, de 1.000 tonnes de méthyl éthyl cétone et de 1.000 tonnes dalcool isopropylique. Les trois composés sont inflammables et peuvent dans certaines proportions être explosifs ; cest le premier danger, auquel sajoute la toxicité. Les vapeurs sont plus lourdes que lair pour les trois composés. Toutefois, seul le styrène engendre un risque réel, les deux autres composés étant rapidement solubles dans leau.Dès lannonce du naufrage, la Ministre de lAménagement du Territoire et de lEnvironnement sest rendue à Cherbourg afin dévaluer les risques sanitaires et environnementaux que font courir les produits transportés par le chimiquier en cas de propagation dans leau et dans lair et darrivée sur les côtes françaises. LIFREMER, le CEDRE, lINERIS et lAFSSA notamment ont été saisis sur ces questions. Les premiers résultats communiqués ont permis de prendre les mesures de précaution nécessaires, tant pour les intervenants spécialisés que pour les populations alentours. Il est dores et déjà décidé quaucun appel au bénévolat ne sera fait, le cas échéant, compte tenu de la toxicité des produits.
Diffusion atmosphérique accidentelle de styrène
Après examen des différents modèles, le premier scénario retenu tient compte dune absence de déplacement de la nappe et de la libération, en une fois, de 500 tonnes de styrène. Dans ce cas de figure, le seuil de 500 ppm (particules par million) ne sera dépassé qu'au-dessus de la nappe. Le seuil de 50 ppm ne sera pas dépassé au-delà dune distance de 1 à 8 km selon les hypothèses utilisées. Enfin, le seuil olfactif pourrait être atteint jusqu'à 30 km de la nappe. La durée de ces concentrations peut être de 3 à 12 heures (moins si la direction du vent change). Dans le cas dun scénario majorant avec 4000 tonnes de styrène libérées, le seuil de 750 ppm ne sera atteint, lui aussi, que juste au-dessus de la nappe et celui de 50 ppm quà 20 km de distance au maximum. Cette concentration est assez peu probable, car elle nécessiterait un temps très ensoleillé et une mer calme. La côte se trouve à 20 km du lieu du naufrage.
Protection des populations
Dans le cas où une nappe de styrène libérée de lépave dérive et que de lair contenant du styrène atteigne la côte, un dispositif de surveillance savère nécessaire, particulièrement concernant la direction des vents et la situation des éventuelles nappes en mer. Lélément essentiel est que le seuil de détection olfactive du styrène (entre 0.5 et 1 ppm) est très inférieur au seuil de risque (plus d1 heure dexposition avec 250 ppm). La détection olfactive peut donc constituer pour les populations une pré-alerte (vigilance) avant un signal de mise à labri (domicile ; seuil à définir). La mise à labri dans les habitations divise par 10 le seuil dexposition la première demi-heure, et par deux pendant les deux premières heures.
Polymérisation éventuelle du styrène
La polymérisation (forme de solidification) semble peu probable compte tenu des températures actuellement relativement basses, de la dispersion du produit et de sa volatilisation. Les informations disponibles de plusieurs sources indiquent que le styrène ne devrait pas se polymériser en moins de 170 jours à 15,6°C ou d1 an à 4-5 °C. Ces éléments donnent donc un délai de 7 mois au moins sans polymérisation, dans les conditions de température à attendre sur cette zone. Des informations supplémentaires sont attendues en ce qui concerne la température déquilibre atteinte lors de la réaction, la cinétique et une augmentation éventuelle du volume du styrène.
Explosion/inflammation potentielle et effets thermiques
Linflammation spontanée du styrène est très peu probable. Une inflammation provoquée nest pas souhaitable, elle exposerait inutilement ceux qui la mettraient en uvre.
Faire progresser laction publiqueContamination du milieu aquatique
Compte tenu des propriétés du styrène, on peut estimer que le risque dune contamination à long terme ou de la chaîne trophique dans le milieu aquatique est peu probable. Cependant, une mortalité dorganismes aquatiques de façon ponctuelle et localisée ne peut être exclue.
Mesures prises :
Des mesures de sécurité pour la circulation aérienne ou maritime autour de lépave ont été prises (balisage) ; Des prélèvements pour analyses sont effectués régulièrement sur la zone du naufrage ;
Un dispositif de détection et de vigilance continues est opérationnel sur place ;
Le dispositif POLMAR a été activé : 5,2 MF ont été débloqués en urgence pour financer les premières opérations, notamment le travail du Neuwerk.
Essaimer les pratiques du développement durableLe styrène : des risques pour la santé humaine
Le styrène est un hydrocarbure aromatique non substitué, essentiellement utilisé dans la production de résines, de caoutchoucs et de polystyrène. Sur lIevoli-Sun, il était distribué dans dix cuves indépendantes supposées étanches. Une réévaluation globale des risques générés par le styrène est en cours dans le cadre du règlement européen 793/93/CE. La partie environnement est presque finalisée et na pas mis en évidence de risques pour lenvironnement dans les conditions dutilisation connue de la substance.
Concernant la santé humaine, le styrène est rapidement absorbé par les différentes voies et se distribue dans tout lorganisme. Lodeur est détectable dès 0,1 à 0,5 ppm chez les non anosmiques et les fortes concentrations entraînent une fatigue olfactive. Au plan de la toxicité aiguë, le styrène est un irritant des muqueuses par voies aériennes entraînant une atteinte irritative des yeux, du nez, de la gorge et des voies respiratoires, à partir dune concentration de 200 ppm. Au-delà et jusqu'à 700 ppm, linhalation du styrène peut entraîner une atteinte du système nerveux central associant malaise, vertiges, maux de tête, nausée, fatigue. Labsorption cutanée est faible à travers une peau saine. Des contacts répétés peuvent cependant induire une dermatite.
Au plan chronique, la cancérogénéité est résumée dans la classification D EPA et dB du CIRC, témoignant de labsence de données convaincantes et pertinentes chez lhomme. Les troubles de la reproduction sont toujours difficiles à évaluer ; expérimentalement, les constatations sont surtout en faveur dune absence daction sur le développement.Les risques pour la sécurité alimentaire
Saisie le 31 octobre par les autorités, lAgence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA) estime pour linstant que "la sécurité du consommateur peut être assurée dès lors que tout produit de la mer présentant une anomalie organoleptique est retiré de la consommation. En effet, le seuil de détection de lodeur des trois molécules est très largement inférieur aux seuils de contamination des produits de la mer au delà desquels ceux-ci seraient susceptibles de présenter un risque pour le consommateur (au regard de la DJA de ces substances)".
Lundi 18 Décembre 2000 © Source ministère de l'équipement