Lundi 13 Novembre 2000 |
Sécurité en mer: Halte aux poubelles
Erika, Ievoli Sun... une récente actualité a mis en évidence les dangers que constituent un certain nombre de navires croisant au large du littoral atlantique. Dans le collimateur des centres de sécurité des navires, certains de ces bâtiments méritent vraiment dêtre baptisés bateaux poubelles.
Lors de visites dinspection, les personnels des centres de sécurité constatent labsence dentretien de certains navires, ici les ballasts du North Star, (Photo DR)
Lucien Breton est
la bête noire des consignataires du port et de la chambre de commerce de Saint-Malo, au
motif que, chef du centre de sécurité des navires dIlle-et-Vilaine et des Côtes-dArmor,
il fait son travail et nhésite pas à retenir à quai des bateaux à problèmes.
Or, les navires qui fréquentent Saint-Malo mais aussi Tréguier ou le Légué à
Saint-Brieuc - ces trois ports voient près dun millier de mouvements par an - ne
sont pas tous exempts de reproches. Certains ont même défrayé la chronique et 28 dentre
eux ont été empêchés de reprendre la mer lan passé, une quinzaine depuis le
début de lannée.
« Casier judiciaire »
Assis devant un écran, Lucien Breton appelle sur le fichier
international du Mémorandum de Paris le nom des navires attendus à Saint-Malo. Ce
fichier qui, coïncidence, est tenu à jour à Saint-Malo et que nourrissent
quotidiennement les inspecteurs de navigation des pays signataires, lui dira tout ou
presque sur létat des bateaux : année de construction, tonnage et surtout mention,
lors des contrôles antérieurs, de déficiences dont laccumulation est signalée
par lordinateur, un « casier judiciaire » en somme. Et comme il est fréquent que
les navires changent de nom, voire de pavillon, le fichier indique de surcroît le numéro
- indélébile celui-là - affecté à chaque bateau par lorganisation maritime
internationale.
Ce jour-là, un vraquier russe, lAmur-2717, attirait lattention par des
remarques antérieures portant sur lentretien de la machine. Le reste est affaire de
flair. Lucien Breton et les trois autres inspecteurs de navigation (effectif en temps
normal) repèrent assez vite depuis le quai, le bateau douteux. A bord, si tout se
présente normalement, les formalités peuvent ne durer quune heure. Un il
averti verra au contraire que le sujet mérite dêtre creusé.
En fait, Lucien Breton qui joue le rôle dinspecteur du travail peut tout aussi bien
sassurer que les douches fonctionnent (il a vu des marins se laver dans des fûts de
200 litres !) et que les vivres sont en quantité suffisante. Ce nest pas toujours
le cas. Il doit également faire passer un message, celui de la sécurité de léquipage
si le navire vient à connaître des soucis.
Il est arrivé, quen douce, des marins attirent son attention, pendant la visite du
bord, sur des anomalies. Le souci de rentabilité, argument des armateurs, voilà qui
laisse de marbre Lucien Breton, quitte à bloquer de longs jours les bateaux et à «
ternir » limage du port puisque cest ce quon lui reproche et à
encourager le détournement de trafic.
Fumier à la mer
Exemples. Des bateaux viennent livrer depuis 1998 de jeunes bovins
irlandais, à raison de deux ou trois livraisons par semaine, à destination de lEspagne
et de lItalie. Or les bateaux ont pris lhabitude de balancer le fumier en
pleine Manche. Mise en garde de Lucien Breton. Conséquence, le trafic est détourné sur
Brest. Perte pour la chambre de commerce en 15 ou 16 mois, 19 MF...
Une autre fois, cest le Vénus, un bateau chypriote armé pour transporter 500
passagers entre lIrlande et Saint-Malo qui savère dangereux. « Il était en
très mauvais état » en dépit dune certification du bureau Véritas de Cork. Les
contrôles déplaisent. La ligne est interrompue en novembre 1999 après moins de six mois
dactivité. Le ferry navigue désormais dans les îles grecques là où il ny
a aucun contrôle mais, on le sait, des naufrages.
En Europe, tout le monde ne marche pas du même pas. Les commandants des bateaux eux
mêmes sont menacés par leurs armements. Une fois, Lucien Breton visite un bateau
lithuanien quil avait dans le passé déjà contrôlé et immobilisé. Le capitaine
lui confie que le chef mécanicien avait été licencié et que sa solde à lui, avait
été diminuée de moitié pendant six mois.
Lundi 13 Novembre 2000 © Source Le Figaro