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Samedi 11 Novembre 2000

Cousteau : "Ievoli Sun, un naufrage suspect"

Propos recueillis par Raphaël Krafft sur WWW.SEAMPLY.COM

Jean-Michel Cousteau, homme de la mer, réalisateur, compte parmi les invités d'honneur
du Mondial de l'Image Sous-marine. Nous l'avons interrogé.


photo Raphaël Krafft

Jean-Michel Cousteau, quelle importance attachez-vous à ce salon ?

J-M Cousteau : C’est l’occasion de renouer avec des tas de gens qu’on ne voit jamais parce qu’on est tous par monts et par vaux le reste de l’année. Et puis de voir un peu ce qu’ils ont fait et d’avoir la chance de partager ses rêves avec d’autres. Ce festival se ballade dans le monde entier et a la possibilité de faire la promotion du monde marin qui a beaucoup besoin de se faire protéger et je crois par conséquent que ce soit à Antibes ou ailleurs, c’est un peu le porte-parole unique de ce qui nous préoccupe, c’est-à-dire la santé des océans. Et par ailleurs, la réputation et le succès de ce festival ne vont qu’en grandissant.


Nous sommes actuellement sur votre stand, « Ocean Futures ». Quelle est cette association ?

J-M Cousteau : Ocean Futures, c’est le résultat d’un mariage de plusieurs sociétés sans but lucratif. Et qui a un site internet, www.oceanfutures.org que tout le monde peut visiter. Il est en anglais actuellement. Il sera en français et en espagnol dans les douze mois qui viennent.

Qu’y faites-vous ?

J-M Cousteau : On défend la mer. (Nous avons) cinq priorités : les qualités de l’eau, que ce soit de l’eau douce ou de l’eau de mer, les mammifères marins qui sont des grands indicateurs de la santé des océans, les zones côtières qui sont les nurseries de la mer et qui sont actuellement saccagées de tous les côtés, les récifs de coraux et puis la réglementation de la pêche et l’aquaculture.


On a vécu récemment deux naufrages catastrophiques pour la Bretagne, quelle est votre opinion ?

J-M Cousteau : Mon opinion évidemment, vous l’avez dit, c’est catastrophique mais moi je suis obligé de regarder ça d’un point de vue global. Alors que nous en France, on s’attarde sur deux accidents parce que ça se passe sur nos côtes. Il ne faut pas oublier que c’est dans le monde entier que ça se passe, tout le temps, comme ça. Alors qu’un Erika, il y en a un autre qui se passe en Afrique du Sud ou ailleurs, alors que vous avez maintenant cette catastrophe de produits chimiques dans la Manche. Moi je suis assez suspect, je crois que ce bateau a coulé pas nécessairement de lui-même. Et on pense que, ni vu ni connu, loin des yeux loin du cœur... Alors que c’est un crime qui est absolument inadmissible.
Et continuer à utiliser la mer et les océans comme une poubelle universelle, c’est absolument inacceptable et on va finir par se révolter. Et quand je dis « se révolter », c’est pas moi Jean-Michel Cousteau, c’est le public en général.
Parce que le public est de plus en plus averti, a de plus en plus de connaissances et apprend à savoir quelles sont les conséquences de ces accidents.
Alors, essayer de cacher tout ça, de camoufler tout ça et de faire passer ça pour des problèmes qui n’en sont pas, ça ne passe plus avec le public.

Vous arpentez les océans depuis plusieurs décennies, est-ce que votre démarche a évolué avec le temps ? Est-ce que vous communiquez de façon différente ? Est-ce que vous travaillez de façon différente ? Est-ce que vous avez pris conscience de choses nouvelles ?

J-M Cousteau : Absolument. Il y a vingt ou trente ans on s’intéressait beaucoup moins aux problèmes écologiques qu’aujourd’hui. Le vocabulaire que nous utilisons aujourd’hui est un vocabulaire qu’on n’utilisait pas à l’époque. Quand on parle d’écologie, d’environnement, de pollutions… Tout ça ce ne sont pas des mots que j’utilisais quand j’avais vingt ans. Par conséquent, notre démarche évolue, en ce sens que le public est de plus en plus sophistiqué. Sa connaissance des problèmes qui nous intéressent est de plus en plus affûtée et par conséquent, il faut évoluer avec. Donc, je pense que les programmes que nous produisons aujourd’hui, que ce soit des programmes éducatifs, des films pour la télévision, des écrits etc., sont de plus en plus précis, de plus en plus sophistiqués.

Vous présentez un film à ce festival, « l’homme poisson ». De quoi s’agit-il ?

J-M Cousteau : C’est un hommage aux pionniers de la plongée et en particuliers de ces pionniers qui ont rendu le pied lourd (les scaphandriers, NDLR), attaché avec un cordon ombilical à la surface, libre de ses mouvements, autonome et capable de nager comme un poisson. Et on donne un grand coup de chapeau au commandant Tailliez au passage.

En quoi consiste votre récent projet Deep Ocean Odyssey ?

J-M Cousteau : Deep Ocean Odyssey est une société américaine de grande production dont je fais partie ainsi que Christian Pétron par exemple. Nous avons commencé nos travaux qui vont nous amener à sillonner les océans jusqu’à mille mètres de profondeur avec deux sous-marins qui chacun peut emmener deux personnes, un pilote et un passager.
Nous utilisons des caméras à haute définition qui vont nous permettre aussi bien de faire des produits, des films ; six la première année pour des grandes chaînes de télévision mondiales. Et aussi de transférer ce matériel pour faire du Imax. On va pouvoir faire des émissions sur internet, en direct ou non. Et puis on va faire venir des jeunes, on va faire des cédéroms, des bouquins, du merchandising... C’est une société commerciale qui réunit de grands experts des Etats-Unis, de la France et de l’Angleterre. Des gens qui ont été sur le Titanic, etc. Et d’ailleurs, Christian Pétron fait partie de cette société et j’en suis très fier et très honoré.

Ce festival se tourne vers le passé. Vous avez un goût amer sur ce qu’à fait l’homme à la mer ? Est-ce que vous êtes optimiste pour l’avenir ?

J-M Cousteau : C’est très important de préserver le passé, de manière à préserver l’histoire qui offre de grandes idées et peut-être de grands encouragements pour créer les hommes de l’avenir, c’est-à-dire les pionniers du futur tels qu’étaient Jules Vernes et compagnie. Pour moi, c’est un peu tourner une page, donc il n’y a pas d’amertume du tout. Au contraire, c’est une célébration. Mais il ne faut pas trop s’attarder, il faut surtout foncer vers l’avenir qui est absolument extraordinaire et qui nous réserve de grands espoirs et qui est entre les mains de la jeunesse d’aujourd’hui. Moi je suis devenu observateur : je cherche les pionniers de demain matin.

Samedi 11 Novembre 2000 © Source Seamply

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