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Mardi 07 Novembre 2000

Le capitaine du " Ievoli Sun " raconte le naufrage

Antonio Giacolone explique que le double fond du tanker a soudain pris l'eau, ce qui l'a fait « piquer du nez ». Il assure que le navire avait été contrôlé en Angleterre avant son départ. Pourtant, un court-circuit a bloqué les pompes d'évacuation.

TROIS JOURS après le naufrage du « Ievoli Sun », les analyses d'eau et d'air sont rassurantes. Elles ont montré une teneur négligeable en styrène. Le ministre des Transports parle de données « rassurantes », même s'il faut être vigilant avec les 4 000 tonnes de produit toxique emprisonnées au fond de l'eau. Dorénavant, les produits de la mer de la zone vont être contrôlés chaque jour par les services de l'Etat. Lionel Jospin se rendra aujourd'hui à Cherbourg pour faire le point sur la situation. Par ailleurs, le PDG de Shell, Christian Balmes, reçu par Jean-Claude Gayssot, a confirmé qu'il prendrait en charge d'éventuelles conséquences de l'accident. Un accident qu'a raconté hier pour la première fois le capitaine du tanker italien. Les cheveux grisonnants, visiblement exténué, Antonio Giacolone est ainsi revenu sur les conditions du naufrage de son bateau, au consulat d'Italie à Paris, devant les caméras de la RAI. « Le bateau, ce n'était pas une petite charrette comme j'ai pu l'entendre. Et je prouverai que j'ai raison. On m'a accusé d'être parti par mauvais temps. Je suis parti d'Angleterre, pas du Bengladesh ! Des inspecteurs sont montés à bord et ont contrôlé le bateau, car le type de produit que je transportais était dangereux. J'ai donc pris la mer avec leur aval. »

« Je ne pouvais plus rien faire »

Puis, le pacha du « Ievoli Sun » détaille ses premiers signes d'inquiétude : « Le lundi matin, vers 2 heures, mon équipage et moi ne dormions pas. A ce moment, j'ai eu l'impression que le chimiquier piquait du nez et qu'il y avait une voie d'eau. Je suis descendu avec l'un de mes hommes contrôler le double fond (NDLR : l'espace entre la cuve en inox et la coque, divisé en plusieurs compartiments). J'ai constaté alors que la proue sombrait. Le double fond des cales 2 et 3, qui était vide peu de temps avant, a commencé à être inondé. Je l'ai vu sur le moniteur vidéo. Je n'en avais pas la certitude mathématique car il m'était impossible de sonder ces cales. Je vous le répète, c'était juste une sensation. J'ai attendu un moment pour voir si les autres doubles fonds étaient eux aussi submergés. J'ai alors averti l'armateur, qui a lancé le SOS. J'ai abandonné le bateau avec mon équipage car je ne pouvais plus rien faire. » Le capitaine du tanker, son second et le chef des machines ont également été entendus de « manière informelle » par la brigade de recherches de la gendarmerie maritime, aidés d'un interprète, le jour même du naufrage. Selon leurs déclarations, leur attention a été attirée par une alarme, qui s'est déclenchée à l'avant du bateau au niveau du propulseur des étraves (situé à l'avant, il actionne une hélice permettant d'effectuer des manoeuvres à quai). Après avoir aperçu l'eau dans le double fond, les marins ont alors tenté d'actionner les pompes hydrauliques. Cependant, ces systèmes d'évacuation sont tombés en panne après un court-circuit. Dès lors, le « Ievoli Sun » a continué à se remplir d'eau et a commencé à couler inexorablement.

Pas de faute flagrante

Ce scénario est-il plausible ? Le capitaine, qui a repris hier un avion pour retrouver sa famille à Naples, a consigné le récit du naufrage dans le « rapport de mer », qui devrait être prochainement remis aux experts du Bureau enquêtes-accidents (BEA). Selon un officier de la gendarmerie maritime, les premières déclarations du capitaine ne font pas apparaître de faute flagrante. « Il n'a rien négligé et a prévenu rapidement les autorités, explique ce gendarme. Il a dû y avoir une succession d'éléments qui ont fait que l'eau s'est accumulée plus qu'il ne faut. » L'officier estime qu'il s'agit là d'une « fortune de mer », un « accident dû aux éléments ». « Il y avait des vagues de 10 ou 12 mètres de haut. Même les navires en excellent état ne résistent pas au mauvais temps. » Un expert du BEA nous a confirmé que la cause du naufrage est liée à un « problème d'envahissement d'eau » et que les pompes hydrauliques ont subi une « avarie ». Cependant, reste à déterminer l'origine de la voie d'eau et de confronter la version du capitaine avec l'analyse technique du navire. Sur le plan judiciaire, les auditions de l'équipage ont été transmises au tribunal de grande instance de Paris pour « information ». Pour le moment, aucune infraction n'a été constatée. Seule une éventuelle pollution des eaux territoriales françaises et des côtes du Cotentin pourrait permettre l'ouverture d'une information judiciaire, qui serait instruite à Cherbourg ou Paris. Un chimiquier turc en difficulté dans une mer très forte et chargé de 735 tonnes d'éthanol a été remorqué hier matin en baie de Douardenez. Il était classé à 48 sur l'échelle de risques dont le maximum est 50.

Mardi 07 Novembre 2000 © Source Le Parisien

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